Auvergne laïque, dernière édition / DOSSIER

Bien d’autres femmes

Dossier constitué par Alain Bandiéra

Notre précédent dossier l'a montré, les femmes n'ont pas attendu la parité pour faire la preuve de leur génie, de leurs talents et de toutes les vertus (en actes et en actions) dont on a longtemps cru – et dont on croit peut-être encore aujourd'hui – qu'elles étaient l'apanage de la virilité. Quelques-unes de ces femmes – à qui nous avons rendu hommage – ont rejoint, après leur mort, les grands hommes de notre histoire sous la coupole du Panthéon : manifestation symbolique – mais posthume – de la parité.
Il faut revoir le film de Sacha Guitry – ce grand admirateur des femmes - « Si Versailles m'était conté » pour mesurer l'importance des femmes dans l'histoire de France. Déjà nos manuels d'histoire de l'école primaire, à travers une imagerie rudimentaire, célèbrent l’héroïsme de Geneviève (aujourd'hui sainte Geneviève) pour la ville de Lutèce (aujourd'hui Paris), le martyr de Blandine – concession laïque faite à une victime des persécutions contre les chrétiens –, la vaillance de Jeanne Hachette et surtout la gloire de Jeanne d'Arc, récupérée depuis par des idéologies réactionnaires.
« Derrière chaque grand homme, il y a une femme » : cette phrase qu'un cinéaste américain prête à l'un de ses personnages ne manque pas d'équivoque ; certes, il y eut Simone de Beauvoir avec Sartre, Elsa Triolet avec Aragon, Maria Casarès avec Albert Camus, la Castiglione avec Napoléon, mais la citation laisse entendre que les femmes vivent et agissent sous l'ombre des hommes. Or, à travers l'histoire, c'est en toute liberté, en toute indépendance, qu'elles mènent leurs combats, en particulier le combat contre la dictature masculine, en faveur de l'égalité et de l'éducation des femmes.
Les femmes jalonnent l'histoire des hommes du monde entier. Femmes de pouvoir, femmes de tous les arts, militantes, femmes de passion, elles défraient souvent la chronique, provoquant l'admiration ou le scandale. Elles tournent les têtes des rois, mais inspirent des réformes salutaires. On dit de Gabrielle d'Estrée, maîtresse d'Henri IV, qu'elle provoqua la conversion du roi au catholicisme. Au 18è siècle, les femmes sont mécènes dans les salons parisiens, où elles accueillent penseurs et artistes et où elles favorisent la propagation des idées nouvelles dont la Révolution se nourrira. Et quand le pain manque, ce sont les femmes qui marchent sur Versailles pour ramener à Paris la famille royale.
Elles sont encore femmes de guerre, ignorées des commémorations, apportant leur concours à la survie économique d'une France en guerre, assurant à la fois la protection et l'économie domestiques, le soin aux blessés et la production industrielle privée de main d’œuvre masculine.
Des femmes s'illustrent dans la Résistance, et subiront toutes les représailles de l'occupant. La France est couverte de rues, de places et d'écoles qui portent le nom de Danièle Casanova, ardente militante communiste, et résistante farouche. Arrêtée par la police française en 1942, elle est déportée à Auschwitz dans le même wagon que 200 femmes également arrêtées pour résistance ; elle mourra en déportation en 1943. Le destin de Madeleine Riffaut n'est pas moins prestigieux ; le 23 juillet 1944, elle abat en plein jour de deux balles dans la tête un officier de l'armée d'occupation : elle échappera pourtant à la déportation, mais à la libération de Paris, l'armée régulière la refuse dans ses rangs parce que ... femme et mineure. 
Nous avons choisi de rendre hommage à quelques-unes de ces grandes femmes dont la dépouille ne repose pas sous la coupole illustre. Cet hommage est nécessairement injuste : pour quelques femmes évoquées, bien d'autres femmes ne seront pas citées.