Auvergne laïque, dernière édition / DDEN

Hommage à Georges Haddou


Gilles BEGON Président DDEN 63, pour l'UD des DDEN 63

Notre ami Georges Haddou nous a quittés en ce début janvier. Il a tant fait pour l’école publique, la laïcité et les DDEN que l’on ne pouvait faire moins que de publier ici les très belles paroles que notre Président Gilles Begon a prononcées pour accompagner son départ le 12 janvier dernier.

« 1929, Georges tu nais, en pleine crise économique, celle de la grande dépression.
Puis, te voilà à nouveau balancé dans les déferlantes de la folie humaine dès 1939 à 10 ans.
A 15 ans, élève de 4ème au collège municipal d’Issoire, tu te souviens d’une affiche invitant les jeunes hommes à se rassembler dans le Cézallier pour fuir le STO et rejoindre la Résistance. Le débarquement en Normandie vient d’avoir lieu. La TSF des parents est ta seule source d’information. Les médias ont bien changé depuis. L’armistice du 8 mai met fin à ses terribles années d’occupation, de compromission, de résistance, de souffrance sans toutefois éliminer les sentiments de revanches, de haine, de racisme aussi. Ce terreau te conduit à te forger tes propres préceptes et à construire ta liberté de conscience et ta liberté de citoyen.
Ta carrière professionnelle est construite sur le droit. Ta vie de militant est bâtie sur le respect et la vulgarisation du droit. Déjà membre et administrateur de la Fédération Départementale des parents d’élève dite CORNEC, tu participes en 1976 à la création de l’Amicale Laïque de l’école Jules Verne aux cotés de Bernard G qui se souvient encore de tes conseils judicieux et bienveillants. En 1979 : le directeur de cette école te demande de candidater à la fonction de DDEN. Pendant 41 ans tu ne renonceras jamais à ce mandat. Membre très rapidement du bureau de l’UD, tu en deviendras le Président jusqu’en 2002, puis membre du Conseil Fédéral de 1997 à 2009. Tu resteras toujours membre actif du bureau de notre Union, et conseiller honoraire national.
Ce ne fut pas ta seule implication, tu as été, pour les plus importantes associations laïques du Puy de Dôme, leur contrôleur des finances : la JPA (Jeunesse au Plein Air), les PEP (Pupilles de l’École Publique), la FAL (Fédération des Associations Laïques).
Jusqu’à la fin de ta vie tu ne renonceras jamais à lutter pour que l’école de la République soit l’école émancipatrice. En 2019, tu écris dans l’un de tes blogs, que tu déplores qu’«ainsi pendant longtemps on a sous-traité explicitement ou implicitement le comportement des citoyens aux commandements religieux ... Il devient indispensable que l’école républicaine apprennent aux enfants de France les lois républicaines… ». Tu en as même rédigé une proposition de loi.
J’ai reçu beaucoup de témoignages de DDEN bien sûr, mais aussi de personnes œuvrant dans les Associations ou GEORGES intervenait par conviction militante. Beaucoup d'entre vous l'ont connu et peuvent témoigner : En voici quelques extraits.
 « La défense de l'école publique a été pour Georges une grande partie de sa vie à laquelle Madeleine a toujours été associée » écrit Jocelyne. « J'ai connu Georges au CA des PEP, et quand je me souviens de lui, je me souviens du grand respect qu'il m'inspirait. J'aimais son regard sur chaque situation…Quand je pense à lui, assure Françoise, je le vois sourire, comme une farce, ou une pointe d'humour comme il savait si bien en jouer, je sais qu'il n'est pas loin. » « La mort de Georges m’attriste profondément », s’exprime Bernard G. « C’est un pilier de notre association qui nous quitte... Le long chemin qu’il avait parcouru … en avait fait un sage qui avait su vieillir sans baisser les bras, sans s’aigrir ni se radicaliser. Merci Georges pour l’exemple que tu nous as donné. » « Comme c’est triste que notre Georges nous ait quitté, cette figure droite, sincère, engagée dans le combat humaniste et laïque, avec souvent un léger sourire en coin qui manifestait sa discrète approbation... ou désapprobation ! Il va beaucoup nous manquer. Il va beaucoup manquer au combat pour la défense de l’école publique. Quel vilain début d’année » affirme Anne-Marie.
Eddy KHALDI président de la Fédération Nationale des DDEN a adressé un message en particulier à Madeleine : « Notre Fédération s’associe à la douleur de la famille et… participe à votre peine. Acceptez le témoignage de notre profonde reconnaissance pour le travail militant accompli sans relâche par Georges. » Ces témoignages et souvenirs égrènent le portrait de cet honnête homme, de cet humaniste, si viscéralement et raisonnablement attaché à l'école laïque, à l’École de la République.
Le 16 décembre dernier, en réponse au courriel que je lui avais adressé huit jours plus tôt, Georges m’écrivait : « Excuse mon silence. Je viens de faire un séjour à Estaing, et j'en suis sorti très fatigué. Mets-moi en congé en attendant que mon état s’améliore ». Hélas, quelques jours plus tard il m’adressait cet ultime message laconique et lucide : « Je me retire de tout ». Mauvais coup de la vie, toi qui m’as accompagné aux destinées de l’association des DDEN, moi qui te croyais indestructible et en ce lieu-ci, je penserais éternel avec humilité et respect. Tu avais juste omis de me dire à quel point mon ami, il serait difficile de me trouver ici devant vous pour t’accompagner dans ton dernier voyage.
2020 Te voilà reparti en pleine crise sanitaire sociale et économique.
Je voudrais adresser à Madeleine et à toute sa famille l’expression de notre gratitude à ce mari, ce père et grand-père, ce militant serviteur d’idéal qui a œuvré pour l’intérêt supérieur des enfants. Le poète a toujours raison. Permettez-moi de terminer par ce poème de Paul Eluard :
 « Nous voici aujourd'hui au bord du vide
Puisque nous cherchons partout le visage que nous avons perdu.
Il était notre avenir et nous avons perdu notre avenir.
Il était des nôtres et nous avons perdu cette part de nous-mêmes.
Il nous questionnait et nous avons perdu sa question.
Nous voici seuls, nos lèvres serrées sur nos pourquoi.
Nous sommes venus ici chercher, chercher quelque chose ou quelqu'un.
Chercher cet amour plus fort que la mort. »

Merci Georges.