Auvergne laïque, dernière édition / IDéES

Mémoires ouvrières du Puy-de-Dôme

Université Populaire et Citoyenne (Éditions La Galipote)

par Marcel Col

Bertolt Brecht a écrit un merveilleux poème : « Questions que se pose un ouvrier qui lit » que nous avions publié avant l'été dans notre journal. Mais le recueil que nous propose l'Université populaire et Citoyenne 63 contient plutôt des réponses et des témoignages. Eugène Chaput, ancien ouvrier du bâtiment, les mineurs de Brassac et de Saint Eloy, Madame Chouvy l'institutrice, les membres du Comité républicain de Jozerand, Jo Vernet syndicaliste à la Banque de France, sans oublier les ouvriers Michelin ou d'Amisol et la remarquable Sophie Blum originaire de Franche-Comté, résistante, militante écologiste, créatrice d'une association pour la préservation des côtes de Saille au-dessus de Saint-Nectaire, ont été interviewés par Eric Panthou, Jean-Michel Duclos, Françoise Vergne...
Sur la quatrième de couverture, on peut lire l'hommage à ceux qui ont été les acteurs des luttes mais aussi les témoins des conditions de vie et de travail des habitants du Puy-de-Dôme depuis la Première Guerre mondiale jusqu'à nos jours.

La plupart étaient militants syndicaux. Ils ont lutté pour de nouveaux droits, pour défendre leur métier, défendre les autres, pour la santé au travail, pour l'écologie, pour la connaissance… 

Françoise Vergne, animatrice du groupe de l'UPC63, a rédigé avec leurs témoignages ce petit livre où chaque page compte pour la mémoire et peut-être aussi pour l'exemple.
Nous avons choisi de retenir quelques propos de Madame Chouvy, institutrice à Teilhède en 1929…  qui n'allait pas à la messe et lisait Le Populaire et l'Humanité…

 La politique déclarait-elle ça ne me disait pas grand-chose ; Freinet m'intéressait davantage [...] ce qui m'a amenée à la politique ce sont mes lectures, mes réflexions et mon jugement sur les gens bien-pensants que je voyais fréquemment à l'église et que je voyais agir [...] 

Les auteurs du livre consacrent aussi une quarantaine de pages à l'entreprise Michelin et à la vie des ouvriers dans cette usine : l'ambiance de travail, le mépris et l'humiliation subis par les ouvriers (plusieurs évoquent le chronométrage des « besoins naturels »), l'emprise patronale (être ou ne pas être un « vrai Michelin »), l’éducation et les « écoles Michelin » (qui ont été abandonnées au public en 1965…  mais pas l'enseignement technique et professionnel. Il s'agissait de former de bons ouvriers !) les SOCAP, le logement dans les cités Michelin de La Plaine, la santé, les licenciements, mais aussi la syndicalisation et la participation aux mouvements nationaux : grèves de l'après-guerre, grève de 1968… et la conclusion est apportée par Solange Chalus l'une des ouvrières interviewées : Les travailleurs n'ont eu aucun avantage sans lutte et n'en auront pas. Je ne sais pas si des fois on ne se dit pas : « On a ça, c'est venu tout seul ».

Beaucoup de ces militants ont disparu. Il reste leur mémoire et peut-être l'espoir qu'un jour leur nom sera celui d'une rue, d'un rond-point ou d'une place publique, pour remplacer la rue du Devoir, de la Volonté, de la Vaillance, de la Bienfaisance, de l'Espérance et du Courage, dans les cités Michelin.