« Pour l’ouverture des lieux culturels et le retour des amateurs »

09 avril 2021

Texte adopté à l’unanimité du conseil d’administration de l’URFOL réuni le jeudi 25 mars 2021

« L’art est inutile, l’amour aussi ». Tadeusz Kantor


Depuis de longs mois les lieux artistiques sont fermés, sans publics, sans émotions personnelles et partagées, sans rires ni frissons. Seuls les artistes y demeurent et les personnels techniques en partie, unis dans la précarité de leurs conditions. Cinéma, théâtres, cirques, salles de concerts, festivals, lieux d’expositions, musées, petits ou grands, permanents ou temporaires, fixes ou itinérants, institutionnels, associatifs ou privés, tous sont silencieux. Et les habitants avec eux.


Depuis de longs mois aussi, les amateurs sont privés de leurs passions, car les lieux des pratiques en amateurs sont également clos. Ce sont souvent des associations, contraintes à l’arrêt également, qui les portaient ces lieux d’amateurs. Et là aussi, des salles vides, des personnels au chômage partiel ou total ou déjà privés d’emploi. Une récente étude d’ESS France fait apparaitre qu’en 2020, ce sont déjà 50000 emplois associatifs perdus, un plan social massif et discret qui va s’aggraver encore cette année.

Les associations ont utilisé les mesures de droit commun liées au chômage partiel mais ont essuyé des refus quasi systématiques dans leurs demandes de soutien de l’Etat, hors le maintien des aides habituelles des DRAC et les mesures partielles du CNC. Seules les collectivités territoriales, mais de manière dispersée et hétérogène, semblent avoir pris la mesure de la détresse d’un part du monde associatif, culturel, artistique, sportif et de la solidarité. Ajoutons que les associations sont aussi porteuses et partenaires de projets artistiques sur tous les territoires, dans les villages et les villes, là où souvent les institutions se risquent moins et qu’il y a un risque d’puisement de cet engagement associatif et de défiance grandissante à l’égard des pouvoirs publics qui détériore la démocratie.


La Ligue de l’Enseignement de la région AURA, ses fédérations départementales (fédérations des oeuvres laïques) et les associations qui s’y rassemblent sont profondément touchées par la situation :

  • parce qu’elles sont elles-mêmes à l’origine de projets et d’activités artistiques (diffusion du cinéma et du spectacle vivant, éducation artistique et culturelle, pratiques en amateurs, livre et littérature…)
  • parce que l’on ne saurait priver aussi longtemps les femmes et les hommes, et notamment les enfants et les jeunes, de leurs droits culturels reconnus comme tels au titre des droits humains fondamentaux. Or les droits culturels et les pratiques collectives sont aussi importants pour l’activité humaine et pour faire société que la production économique. Sinon nous prenons le risque d’une société insensible et froide.

Aussi l’Union régionale de la Ligue de l’enseignement (URFOL) de la région AURA comprend et soutient le mouvement en cours d’occupation des lieux artistiques pour demander l’examen rapide de leur réouverture et la prise en compte des revendications des intermittents.


N’ignorant rien de la situation sanitaire exceptionnelle et de ses conséquences, mais hors du retour à un confinement généralisé, elle demande que lieux et pratiques artistiques soient à nouveaux autorisés. C’est possible par la mise en place de règles, gestes adaptés et jauges réduites. Pourquoi, dans ces conditions, serait-il plus risqué de voyager en train entre Lyon et Grenoble ou Clermont Ferrand et Aurillac, de déambuler dans les supermarchés, ou assister à un culte que d’assister à un spectacle, à une séance de cinéma, de visiter un musée ou de pratiquer un art ?


Nous avons toutes et tous besoin de cette « échappée belle ». Elle est essentielle à la vie, tout simplement.