Auvergne laïque n° 489 - décembre 2021


EDITO

par Édouard Ferreira (extrait du rapport moral)

Un an. Une annĂ©e peut paraĂźtre courte ou longue. Certaines sont interminables. Nous venons d’en vivre une sans prĂ©cĂ©dent dans un contexte anxiogĂšne. Il y a un an l’humanitĂ© pensait avoir pratiquement tournĂ© une page catastrophique des annales pandĂ©miques de la planĂšte. Le manque flagrant d’humilitĂ©, ajoutĂ© Ă  une inconscience collective face Ă  un ennemi impitoyable jusqu’ici inconnu, a fini par nous rattraper de nouveau. Ce fut une nouvelle remise en cause de nos modes de vie, de nos attitudes, de la solidaritĂ© collective de nouveau dĂ©faillante et Ă©rodĂ©e par l’impatience. La derniĂšre lueur de cette maudite annĂ©e vient de s’éteindre. Est-on plus rassurĂ©s par celle qui a la charge de reprendre le flambeau ? C’est Ă  chacun de dĂ©cider par ses actes qu’elle soit plus confiante, plus bienveillante et plus lĂ©gitimement optimiste. Quand une situation devient impossible Ă  changer, le dĂ©fi de nous changer nous-mĂȘme devient vital.

Gardons-nous d’imaginer qu’aujourd’hui tout est imprimĂ© dans les livres d’histoire. Le dĂ©nouement n’est pas encore connu, impossible d’écrire la chute et de nous rĂ©jouir d’en avoir terminĂ© la lecture. La preuve en est, la "bĂȘte" sous la forme d’une mine sous-marine flotte toujours, irrĂ©mĂ©diablement, Ă  son bon vouloir. Elle nous fait quotidiennement la dĂ©monstration de sa puissance destructrice. RusĂ©e, elle possĂšde aussi bien l’art de muter Ă  sa guise que celui de nous ĂŽter ce que nous possĂ©dons de plus prĂ©cieux. Elle est tout autant imprĂ©vue dans son cheminement, que son apparition put l’ĂȘtre. Nous sommes toujours plongĂ©s dans une mĂ©saventure inconnue et dangereuse. Dans un rĂ©cent entretien avec la presse, Edgar Morin avait pu dire :

«L’imprĂ©vu peut arriver, en bien ou en mal. Et moi, je compte donc sur l’improbable. L’histoire n’est jamais Ă©crite d’avance Â».

Le paradoxe de Saint-Just

« Jusqu'oĂč peut aller notre libertĂ© d'expression ? Notre dĂ©mocratie ne court-elle pas le risque d'en ĂȘtre parfois l'otage ? Si la loi sur la libertĂ© de la presse a permis de mieux la dĂ©finir, et si la provocation Ă  la haine et l'apologie du terrorisme en sont opportunĂ©ment bannies, nos pĂ©riodes de crises Ă©conomiques, sanitaires, politiques, restent propices Ă  la quĂȘte d’utiles boucs Ă©missaires ou de sujets polĂ©miques dĂ©tournant de l'essentiel. La libertĂ© d'expression peut alors devenir une arme dangereuse comme toutes les armes Â»
Fabienne Pascaud, Editorial de Télérama (1)

« Tous les coups sont permis Â» Ainsi un magazine intitule-t-il un article consacrĂ© Ă  la libertĂ© d'expression (1). Depuis quelques annĂ©es, autour des attentats qui ont endeuillĂ© le monde, aujourd'hui avec le pĂ©riple – triomphal ? - d’Éric Zemmour, ses propos et ses livres, se pose la question de la libertĂ© d'expression.

L'article 11 de l, la DĂ©claration des droits de l'homme et du citoyen (1789) proclame le caractĂšre inaliĂ©nable de ce droit, et il en fixe discrĂštement les limites : « La libre communication des pensĂ©es et des opinions est un des droits les plus prĂ©cieux de l'homme : tout Citoyen peut donc parler, Ă©crire, imprimer librement, sauf Ă  rĂ©pondre de l'abus de cette libertĂ© dans les cas dĂ©terminĂ©s par la loi Â».

La question des libertĂ©s a souvent fait surgir des paradoxes et des contradictions qui leur ont parfois confĂ©rĂ© une dimension tragique, tristement illustrĂ©e dans l'assassinat de Samuel Paty. C'est Saint-Just, grande voix des Montagnards sous la RĂ©volution qui proclame le premier paradoxe inhĂ©rent au problĂšme particulier de la libertĂ© d'expression : « Pas de libertĂ© pour les ennemis de la libertĂ© Â». Autrement dit, Saint-Just prĂ©conise de sanctionner tout ce qui peut ĂȘtre considĂ©rĂ© comme une atteinte aux libertĂ©s fondamentales ; en particulier certains dĂ©bordements liĂ©s Ă  l'exercice mĂȘme de la libertĂ© d'expression quand elle bafoue les obligations Ă©thiques liĂ©es Ă  cet exercice.

C'est ainsi que deux opinions inconciliables ont surgi au moment des attentats contre Charlie Hebdo, et Ă  l'occasion du meurtre de Samuel Paty. D'un cĂŽtĂ© les inconditionnels de la libertĂ© d'expression qui ont affichĂ© « je suis Charlie Â», reconnaissant au magazine le plein droit Ă  la publication de caricatures, et au blasphĂšme et dĂ©nonçant le crime terroriste qui les en a punis ; de l'autre, des citoyens qui ont refusĂ© d'ĂȘtre Charlie, et ont proclamĂ© l'exigence d'une prudence Ă©thique, destinĂ©e Ă  rĂ©guler l'usage de la libertĂ© d'expression ; au fond Charlie « l'avait bien cherchĂ© Â» en prenant le risque de blesser la communautĂ© musulmane dans ses croyances et dans sa foi.

MĂȘme dilemme concernant Samuel Paty. Pour les uns, le droit imprescriptible d'un professeur en particulier, et de l'Ă©cole en gĂ©nĂ©ral, de former les Ă©lĂšves Ă  l'esprit critique, de rĂ©sister Ă  toute forme de pression idĂ©ologique et religieuse, d'ĂȘtre ainsi conforme au principe de laĂŻcitĂ©. Pour les autres, une imprudence coupable, une injure faite au public scolaire qui mettent en danger l'institution scolaire dans son ensemble.

Ces dĂ©bats ramĂšnent essentiellement Ă  la question fondamentale de la libertĂ© d'expression : a-t-on le droit de tout dire, dans l'espace public et dans les mĂ©dias ? Cette question s'applique largement aux agissements d’Éric Zemmour dans sa campagne – car c'en Ă©tait une – dans ses dĂ©clarations, dans sa candidature, et pour finir, dans l'organisation de son meeting Ă  Villepinte.

Pour rĂ©pondre Ă  ces questions, et en prĂ©alable Ă  notre analyse du phĂ©nomĂšne Zemmour, plongeons-nous une fois de plus dans l'histoire pour Ă©voquer la loi de 1881 sur la libertĂ© de la presse ; pour faire entendre le discours - toujours enflammĂ© - de Victor Hugo s'alarmant avec vĂ©hĂ©mence contre un projet de loi visant Ă  instaurer le contrĂŽle et la censure des journaux.

Victor Hugo : discours Ă  l'assemblĂ©e 11 septembre 1848

« LIBERTE DE LA PRESSE, C'EST SACRE Â»

Victor Hugo prend part Ă  la discussion d'un projet de dĂ©cret sur l'Ă©tat de siĂšge ayant pour objet de transmettre au pouvoir judiciaire le droit de suspendre les journaux, qui Ă©tait du ressort du pouvoir exĂ©cutif.  Il s'Ă©lĂšve violemment contre la suspension des journaux.

« Suspendre par l'autoritĂ© directe, arbitraire, violente, du pouvoir exĂ©cutif, cela s'appelait coups d'État sous la monarchie, cela ne peut pas avoir changĂ© de nom sous la RĂ©publique. Ceux qui dĂ©fendent, ceux qui soutiennent cette opinion, sont donc les amis de l'ordre en mĂȘme temps que les amis de la libertĂ©. La suspension des journaux crĂ©e un Ă©tat de choses inqualifiable [...] Je ne pense pas que le droit de suspension des journaux, mĂȘme retirĂ© au pouvoir exĂ©cutif et donnĂ© aux tribunaux, je ne crois pas que ce soit une bonne chose.

Le droit de suspension des journaux ! [...] Ce droit participe de la censure par l'intimidation, et de la confiscation par l'atteinte à la propriété. La censure et la confiscation sont deux abus monstrueux que votre droit public a rejetés ! et je ne doute pas que le droit de suspension des journaux qui se compose de ces deux éléments abolis et détestables, confiscation et censure, ne soit jugé et prochainement condamné par la conscience publique [...] Quant à moi, je verrais avec douleur ce droit fatal entrer dans nos lois ; je m'inclinerais devant la nécessité, mais j'espÚre que s'il y entrait aujourd'hui, ce serait pour en sortir demain ; j'espÚre que les circonstances mauvaises qui l'ont apporté l'emporteront.

Je ne puis m'empĂȘcher de vous rappeler Ă  cette occasion un grand souvenir. Lorsque le droit de suspension des journaux voulut s'introduire dans notre lĂ©gislation sous la restauration, M. de Chateaubriand le stigmatisa au passage par des paroles mĂ©morables. Eh bien, les Ă©crivains d'aujourd'hui ne manqueront pas Ă  l'exemple que leur a donnĂ© le grand Ă©crivain d'alors. Si nous ne pouvons empĂȘcher de reparaĂźtre ce droit odieux de suspension, nous le laisserons entrer, mais en le flĂ©trissant.

Permettez-moi, messieurs, de dĂ©poser dans vos consciences une pensĂ©e qui devrait dominer cette discussion : c'est que le principe de la libertĂ© de la presse n'est pas moins essentiel, n'est pas moins sacrĂ© que le principe du suffrage universel. Ce sont les deux cĂŽtĂ©s du mĂȘme fait. Ces deux principes s'appellent et se complĂštent rĂ©ciproquement. La libertĂ© de la presse Ă  cĂŽtĂ© du suffrage universel, c'est la pensĂ©e de tous Ă©clairant le gouvernement de tous. Attenter Ă  l'une, c'est attenter Ă  l'autre.

La libertĂ© de la presse, c'est la raison de tous cherchant Ă  guider le pouvoir dans les voies de la justice et de la vĂ©ritĂ©. Favorisez, messieurs, favorisez cette grande libertĂ©, ne lui faites pas obstacle ; songez que le jour oĂč, aprĂšs trente annĂ©es de dĂ©veloppement intellectuel et d'initiative par la pensĂ©e, on verrait ce principe sacrĂ©, ce principe lumineux, la libertĂ© de la presse, s'amoindrir au milieu de nous, ce serait en France, ce serait en Europe, ce serait dans la civilisation tout entiĂšre l'effet d'un flambeau qui s'Ă©teint !

Messieurs, vous avez le plus beau de tous les titres pour ĂȘtre les amis de la libertĂ© de la presse, c'est que vous ĂȘtes les Ă©lus du suffrage universel !

Je voterai, tout en rendant justice aux excellentes intentions du comitĂ© de lĂ©gislation, je voterai pour tous les amendements, pour toutes les dispositions qui tendraient Ă  modĂ©rer le dĂ©cret Â»

La loi sur la libertĂ© de la presse sera votĂ©e en 1881 ; Franck Riester, ancien Ministre de la Culture, l'Ă©voquera dans un autre discours en faveur de la libertĂ© de la presse qu'il prononce les 24 janvier 2019, se rĂ©fĂ©rant encore Ă  la diatribe de Victor Hugo.

Discours de Franck Riester


« Il n'y a pas de démocratie sans une presse libre.
Cela ne date pas d'hier.
Le 11 septembre 1848, dans son discours Ă  l'AssemblĂ©e constituante, Victor Hugo affirmait que « Le jour oĂč [...] on verrait la libertĂ© de la presse s'amoindrir [...], ce serait en France, ce serait en Europe, ce serait dans la civilisation tout entiĂšre l'effet d'un flambeau qui s'Ă©teint ! »
Ce flambeau, nous ne pouvons pas le laisser s'Ă©teindre.
Et nous ne le laisserons pas s'Ă©teindre.
Si nous voulons le maintenir allumé, il faut aujourd'hui raviver sa flamme.
DĂ©fendre la libertĂ© de la presse, c’est Ă©galement protĂ©ger la loi de 1881, garante de la libertĂ© d‘expression.
Oui, les rĂ©seaux sociaux permettent d’en abuser [...] il faut apporter une rĂ©ponse spĂ©cifique aux dĂ©lits d’injure et de diffamation, lorsqu’ils sont rĂ©alisĂ©s sur internet.
Mais est-ce qu’il faut pour autant sortir l’injure et la diffamation de la loi de 1881 et de son rĂ©gime procĂ©dural spĂ©cifique ?
Je ne crois pas que ce soit une réponse satisfaisante.
Davantage responsabiliser les plateformes numériques, renforcer leur devoir de coopération avec les pouvoirs publics : voilà une réponse satisfaisante.
Pas modifier la loi de 1881. Le Premier ministre l’a trĂšs clairement affirmĂ© la semaine derniĂšre, lors d’une rĂ©union organisĂ©e avec les reprĂ©sentants des journalistes et des Ă©diteurs de presse.
Cette loi, c’est un tout : elle proclame une libertĂ©, elle permet la rĂ©pression de ses abus, elle organise une procĂ©dure particuliĂšre et protectrice, adaptĂ©e au fait que « la libre communication des pensĂ©es et des opinions est un des droits les plus prĂ©cieux de l’Homme Â».
C’est cet Ă©quilibre qui la fonde.
Cet équilibre, nous devons le préserver.
DĂ©fendre la libertĂ© de la presse, permettre aux journalistes de pouvoir informer, c’est Ă©galement s’assurer que les citoyens aient confiance dans leurs mĂ©dias Â»

171 ans aprĂšs le discours de Victor Hugo, la libertĂ© de la presse, et son corollaire, la libertĂ© d'expression sont toujours considĂ©rĂ©es comme les outils – et les garants - de la dĂ©mocratie.

La liberté d'expression : un droit, des limites

Fondement de la démocratie

En Ă©cho Ă  la DĂ©claration universelle des droits de l'homme de 1948 qui Ă©nonce le droit de « tout individu Ă  la libertĂ© d'opinion et d'expression Â» ce qui implique le droit de ne pas ĂȘtre inquiĂ©tĂ© pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de rĂ©pandre, sans considĂ©ration de frontiĂšres, les informations et les idĂ©es par quelque moyen d'expression que ce soit Â», l'article 10 de la Convention europĂ©enne des droits de l'homme, rappelle que cette libertĂ© constitue « l'un des fondements essentiels d'une sociĂ©tĂ© dĂ©mocratique Â».

Le Conseil constitutionnel a rĂ©affirmĂ© en 1994 que la libertĂ© d'expression Ă©tait une " libertĂ© fondamentale d'autant plus prĂ©cieuse que son existence est une des garanties essentielles du respect des autres droits et libertĂ©s." ; elle fait partie des libertĂ©s fondamentales, piliers de notre dĂ©mocratie et favorise l’émergence d'une sociĂ©tĂ© ouverte, tolĂ©rante et respectueuse de l’état de droit.

Limites et sanctions

Certaines limites s'imposent Ă  l'exercice de la libertĂ© d'expression. Le droit europĂ©en prĂ©voit des restrictions dans des situations clairement dĂ©finies ; toute incitation Ă  la discrimination ou la violence ne peut ĂȘtre considĂ©rĂ©e comme l’exercice lĂ©gitime du droit Ă  la libertĂ© d’expression.

En droit europĂ©en, elle est encadrĂ©e par les dispositions du second paragraphe de l’article 10 de la Convention europĂ©enne des droits de l'homme et des libertĂ©s fondamentales. L'exercice de la libertĂ© d'expression est soumis Ă  « certaines formalitĂ©s, conditions, restrictions ou sanctions prĂ©vues par la loi, qui constituent des mesures nĂ©cessaires, dans une sociĂ©tĂ© dĂ©mocratique, Ă  la sĂ©curitĂ© nationale, Ă  l'intĂ©gritĂ© territoriale ou Ă  la sĂ»retĂ© publique, Ă  la dĂ©fense de l'ordre et Ă  la prĂ©vention du crime, Ă  la protection de la santĂ© ou de la morale, Ă  la protection de la rĂ©putation ou des droits d'autrui, pour empĂȘcher la divulgation d'informations confidentielles ou pour garantir l'autoritĂ© et l'impartialitĂ© du pouvoir judiciaire Â».    

Le paradoxe de Saint-Just se trouve donc rĂ©solu ; tout citoyen dispose donc pleinement de la libertĂ© d'expression. Toutefois, la loi dĂ©finit l'expression de certaines opinions comme dĂ©lictueuse et prĂ©voit donc des sanctions pour frapper « les ennemis de la libertĂ© Â», ceux qui la contestent autant que ceux qui la dĂ©voient.

                                      SynthĂšse rĂ©alisĂ©e par Alain BandiĂ©ra

Tapis rouges

La candidature d’Éric Zemmour Ă  l'Ă©lection prĂ©sidentielle est maintenant officielle au terme d'une campagne particuliĂšrement spectaculaire. Souvent acclamĂ© par ses partisans, cet homme de scĂšne et de plateaux n'a pas rĂ©ussi Ă  provoquer les ovations des marseillais, et ce qu'il espĂ©rait ĂȘtre l'Ă©popĂ©e marseillaise n'a Ă©tĂ© qu'un four ! L'initiative gestuelle (et particuliĂšrement triviale) du nouveau candidat nous a valu, sur France Inter, une belle Ă©mission sur les connotations historiques du doigt d'honneur ; dĂ©jĂ , dans la Rome et la GrĂšce antiques, la signification Ă©rotique est en Ɠuvre, sur le mode du mĂ©pris ; Au Moyen-Âge, il est porteur d' intentions belliqueuses : Zemmour s'est souvent rĂ©clamĂ© de ces connotations, flagrantes dans tous ses textes, rĂ©currentes dans ses discours, et dans ses agressions Ă  l'Ă©gard de ses interlocuteurs, et surtout de ses interlocutrices.

Bien d'autres candidatures insolites se sont manifestĂ©es dans l'histoire de l’élection prĂ©sidentielle : jugĂ©s farfelues et sans dangers, elles apportaient un peu de fantaisie au sĂ©rieux de l'Ă©vĂ©nement. Mais bien des citoyens s'Ă©taient rĂ©jouis de la provocation et de l'impertinence d'un Coluche dont l'engagement n'avait pas manquĂ© d'inquiĂ©ter les autres candidats, totalement dĂ©pourvus d'humour et aspirant Ă  la fonction suprĂȘme : « il va nous faire perdre des voix Â» dĂ©ploraient-ils.

L'Ă©vĂ©nement qui agite aujourd'hui l'opinion pose, de maniĂšre acĂ©rĂ©e, le problĂšme de la libertĂ© d'expression. On sait bien que les dictateurs, une fois en place, s'empressent de faire brĂ»ler les livres, d'exiler les artistes, d'emprisonner les journalistes, voire de les exĂ©cuter. Une conception autre de cette mĂȘme libertĂ© considĂšre qu'elle doit se soumettre Ă  une Ă©thique nĂ©cessaire, la protĂ©geant de ses dĂ©rives et dĂ©bordements qui transforment un outil rĂ©publicain en arme de guerre.

De toute Ă©vidence, Zemmour s'est rĂ©clamĂ© d'une radicale libertĂ© et c'est en toute impunitĂ©, avec arrogance, qu'il s'est autorisĂ© Ă  profĂ©rer des opinions et des injures dont on pouvait croire qu'elles Ă©taient dĂ©sormais punies par la loi : ainsi de l'homophobie, de la xĂ©nophobie, du racisme ethnique ou religieux, pourtant considĂ©rĂ©s comme des infractions. CondamnĂ© Ă  plusieurs reprises pour les avoir commises publiquement, accusĂ© d'incitation Ă  la haine, l'actuel candidat s'est vu acclamĂ© Ă  la sortie des tribunaux, y compris par quelques Ă©lus notoires.

D'autres questions se posent encore, tout aussi alarmantes que celle d'un bas usage de la libertĂ© d'expression. Quels seront les auteurs des 500 signatures de soutien offert Ă  un candidat qui se rit des valeurs rĂ©publicaines, au mĂȘme titre que son acolyte Marion MarĂ©chal-Le-Pen, dĂ©clarant Ă  l'occasion d'une Ă©lection « les valeurs rĂ©publicaines, ça me gave ! Â» ? On peut se demander aussi quels citoyens font partie des 14 % des Français qui manifestent leur intention de voter Zemmour.

Mais il y a pire. Alors qu'il n'Ă©tait pas encore candidat, le personnage a rĂ©ussi Ă  susciter un formidable engouement mĂ©diatique, qui a favorisĂ© sa popularitĂ©, et finalement contribuĂ© Ă  sa gloire. Dans un hebdomadaire bien connu, un journaliste a intitulĂ© sa chronique « les idiots utiles de Zemmour Â» fustigeant les journaux qui ont diffusĂ© sa photo Ă  l'infini aux vitrines des kiosques et de tous les Ă©tals de magazines, et tous les plateaux de tĂ©lĂ©vision qui lui ont ouvert les bras. Aux yeux du chroniqueur, il s'est agi lĂ  d'une vĂ©ritable prostitution de la libertĂ© de la presse, autre outil de la dĂ©mocratie.

Sans compter avec un paradoxe. Certes, la plupart des journalistes ont entamĂ© le procĂšs d’Éric Zemmour, ils ont dĂ©noncĂ© ses opinions nausĂ©abondes, mais par un curieux renversement des intentions (si tant est qu'on puisse les dĂ©busquer), ces rĂ©quisitoires ont pris la forme sournoise d'une interminable apologie ; ce qui Ă©tait d'abord prĂ©sentĂ© comme un rĂ©quisitoire, une condamnation s'est muĂ© en propagande obsessionnelle, assurant la renommĂ©e du futur candidat bien plus que sa disgrĂące.

C'est dans le domaine de la photographie que les journalistes se sont surpassĂ©s. Toutes les ressources de l'image – dont on sait bien de quelle(s) manipulation(s) elle est porteuse – ont Ă©tĂ© mises en Ɠuvre pour glorifier le personnage. Dans le dernier numĂ©ro de Marianne, on voit par exemple, une photographie de Zemmour, les bras levĂ©s en signe de victoire - Ă  la « De Gaulle Â» - photographiĂ© de plain-pied ; sauf qu'il ne repose sur rien et ne se dĂ©tache sur rien d'autre que la marge blanche de l'article qu'il illustre ; si bien qu'on a l'impression qu'il marche sur l'eau et qu'il s'envole vers le ciel. Roland Barthes eĂ»t trouvĂ© lĂ  une occasion magnifique de nourrir ses « mythologies Â». C'est l'Obs. qui, dans l'organisation d'une photographie, remporte la palme. On y voit Zemmour de dos – et c'est aussi bien diront ses dĂ©tracteurs – assis derriĂšre une table et qui fait face Ă  une armada de journalistes braquant sur lui appareils photos et camĂ©ras ; c'est le procĂ©dĂ© bien connu – et toujours efficace – de l'image dans l'image, de la photo dans la photographie, et qui produit une mise en abyme dont le sujet sort grandi.

C'est ainsi que la presse, la télévision, sont parvenues à construire le phénomÚne Zemmour, à lui fabriquer un charisme dont il est totalement dépourvu, voire à l'affubler d'une séduction qui lui fait cruellement défaut, déroulant sans fin pour lui le tapis rouge qu'on réserve aux héros.

Par bonheur, il est une justice des symboles qui nous console de l'ignominie. DĂ©jĂ  largement discrĂ©ditĂ©e par la trivialitĂ© insupportable de son doigt d'honneur Ă  l'Ă©gard d'une citoyenne, la pseudo-gloire de Zemmour s'est vue largement Ă©clipsĂ©e, le temps d'une cĂ©rĂ©monie. Le long de la rue Soufflot, on dĂ©roulait un autre tapis rouge, sans contrefaçon celui-lĂ , et qui, enluminant tout un quartier de Paris, traçait le parcours ultime d'un hĂ©ros vĂ©ritable (qu'on nous concĂšde le masculin, elle ne l'aurait pas reniĂ©), d'une hĂ©roĂŻne qui s'est consacrĂ©e aux nobles causes, dont la plus prestigieuse Ă  ses yeux Ă©taient la cause de la fraternitĂ© : elle l'avait incarnĂ©e dans l'adoption d'une kyrielle d'enfants de toutes origines. A jamais marquĂ©e par le massacre des Noirs, dont elle fut tĂ©moin pendant son enfance, elle a partagĂ© le rĂȘve de Martin Luther King et combattu sans relĂąche pour l'Ă©galitĂ© de toutes les ethnies. Elle a enfin menĂ© une vraie bataille, en vrai soldat, pour sauver la libertĂ© d'un pays, lui manifestant ainsi sa gratitude de l'avoir accueillie, et de l'avoir aimĂ©e.

 JosĂ©phine Baker entrait au PanthĂ©on quand un nĂ©o-fasciste annonçait sa candidature Ă  la prĂ©sidence de la France: une vignette du « canard enchaĂźnĂ© Â» montre une danseuse noire gigantesque, se moquant, Ă  bananes dĂ©ployĂ©es, d'un minable candidat qu'elle Ă©crase de sa moquerie, et de sa gloire posthume : le dessin a valeur de fable. Cette coĂŻncidence improbable, cette croisĂ©e fugitive de destins contraires doivent nous Ă©merveiller, et l'Ă©motion, visible sur tant de visages pendant la cĂ©rĂ©monie de panthĂ©onisation, les sourires et les larmes, la joie des enfants, la ferveur des adultes, nous permettent peut-ĂȘtre de ne pas dĂ©sespĂ©rer d'un scrutin et de ne pas perdre tout Ă  fait confiance en l'humanitĂ©.

Le meeting de Villepinte met le feu aux poudres

Outre l'escalade de la violence qu'il a provoquĂ©e, le meeting de Zemmour au parc des Expositions de Villepinte, a relancĂ© avec vigueur le paradoxe de Saint-Just et remis Ă  l'ordre trĂšs bousculĂ© du jour – en l'occurrence trĂšs bousculĂ© - la question de la libertĂ© d'expression et ses tergiversations. Fallait-il couper la parole Ă  Zemmour quand il n'Ă©tait pas encore candidat officiel ? Et le reste aussi, aurait ajoutĂ© le pittoresque San Antonio, dont on publie aujourd'hui une belle anthologie, et tant il est Ă©vident que Zemmour souffre d''une vĂ©ritable pathologie de la virilitĂ©. De la mĂȘme maniĂšre, fallait-il empĂȘcher Sardou d'enflammer son public en chantant « je suis pour Â» ? Etait-il possible de museler Le Pen dans ses dĂ©lires nĂ©gationnistes ? Et comment empĂȘcher l'immonde Elisabeth LĂ©vy de cracher son venin sur les antifascistes et ceux qu'elle nomme « les droits de l'hommiste Â» ?

Les déclarations de quelques élus au sujet du meeting s'inscrivent dans le dilemme que nous venons de mettre en lumiÚre.

Face Ă  StĂ©phane Roussel, prĂ©sident de la Seine-Saint-Denis qui lance une pĂ©tition pour interdire le rassemblement autour de Zemmour dans sa commune, Jean-Luc MĂ©lenchon s'Ă©lĂšve, au nom mĂȘme de la dĂ©mocratie, contre l'interdiction :

 Â« StĂ©phane Roussel a tort [...] Ce n'est pas juste parce que le principe de la dĂ©mocratie mĂȘme, c'est d'Ă©couter aussi ce qui nous dĂ©plaĂźt. Si on Ă©coute que ce qui nous plaĂźt, tout le monde est du mĂȘme avis, ça ne sert plus Ă  rien ». Quand on est un dĂ©mocrate, il n'y a pas cinquante recettes. Il faut discuter, il faut dĂ©battre...

Ce n'est pas en interdisant un meeting qu'on fait avancer les idĂ©es Â»

StĂ©phane Roussel, quant Ă  lui, s'est montrĂ© intraitable, et envers Zemmour lui-mĂȘme, et Ă  l'entreprise qui lui a permis de tenir son meeting au parc des Expositions ; Et c'est prĂ©cisĂ©ment parce que la dĂ©mocratie est, dans ce cas, doublement bafouĂ©e : « mais cela fait 30 ans qu'il y a dans notre pays la banalisation des idĂ©es d'extrĂȘme-droite". Et d'exiger une vĂ©ritable intĂ©gritĂ© dĂ©mocratique de la part d'une entreprise : "Ces engagements (de l'entreprise en faveur de la diversitĂ©) sont incompatibles avec l'accueil d'un polĂ©miste qui [...] conduit aujourd'hui une campagne dont le seul fondement est le racisme, la xĂ©nophobie, l'antisĂ©mitisme, la haine des musulman.e.s.".

Quant Ă  ClĂ©mentine Autain, dĂ©putĂ©e insoumise de Seine-Saint-Denis, elle se dĂ©fend de profĂ©rer l'interdiction, mais elle pose Ă  son tour, de la mĂȘme maniĂšre que StĂ©phane Roussel, les questions Ă©thiques :

« Je ne suis pas pour interdire, je n'interdis pas Ă  Eric Zemmour d'ĂȘtre candidat Ă  la prĂ©sidentielle, ni de venir Ă  la tĂ©lĂ©vision, j'interroge [...] J'interroge les citoyennes et les citoyens que nous sommes pour savoir si on lui fait tapis rouge, si on va lui faciliter la tĂąche ou si l'on dĂ©cide de se battre. La libertĂ©, l'Ă©galitĂ©, la fraternitĂ©, il a toujours fallu se battre pour les faire vivre ; aujourd'hui, je dis au groupe Viparis – gestionnaire du parc des expositions oĂč se tiendra le meeting - je dis Ă  ce groupe : Â« Que faites-vous, Ă  laisser cette salle, au cƓur de la Seine-Saint-Denis [...] Je crois que c'est une provocation. Il est de la responsabilitĂ© du groupe de dire non, non, nous ne louons pas la salle Ă  un acteur politique qui sĂšme la haine et le mĂ©pris de la population de la Seine Saint-Denis Â».

Aux yeux de la loi

S'il est vrai donc, dans le champ tumultueux de la libertĂ© d'expression, que La loi garantit son exercice dĂ©mocratique en mĂȘme temps que la protection des personnes et des droits de la personnalitĂ© ; si donc elle interdit - et punit - la diffamation, l'atteinte Ă  la vie privĂ©e, la provocation Ă  la discrimination Ă  la haine ou Ă  la violence ; si elle condamne l'apologie de bon nombre de crimes : crimes de guerre, crimes contre l'humanitĂ©, crimes de rĂ©duction en esclavage ou d'exploitation d'une personne rĂ©duite en esclavage ou crimes et dĂ©lits de collaboration avec l'ennemi, ; et pour finir, la nĂ©gation, la minoration ou la banalisation de ces crimes (articles 29 et suivants de la loi du 29 juillet 1881), nous sommes DONC en droit de considĂ©rer que Zemmour s'est conduit en dĂ©linquant de la libertĂ© d'expression, se donnant impunĂ©ment le droit au mĂ©pris, Ă  l'injure, Ă  l'Ă©gard de certaines citoyennes et certains citoyens, en raison de leur ethnie, de leur religion, de leur sexualitĂ©. Loin de mĂ©riter le tapis rouge que ses partisans et que les mĂ©dias lui ont dĂ©roulĂ©, Il devrait rendre gorge Ă  la sociĂ©tĂ© et appartenir dĂ©sormais Ă  l'appareil judiciaire afin de rĂ©pondre des crimes d'opinion qu'il n'a cessĂ© de commettre envers ses frĂšres humains et ... ses sƓurs humaines (voir notre forum)

(1) TĂ©lĂ©rama n°3748 du 13 au 19 novembre 2021. Que faisons-nous de notre libertĂ© d'expression ?

                                                                                     Alain BandiĂ©ra

| ||| | | | Vie de la Fédération

Fonds d’encouragement aux initiatives artistiques et culturelles des amateurs – Appel Ă  projets 2022

La Ligue de l'enseignement relaie l'appel à projets lancé par le MinistÚre de la Culture et de la Communication pour soutenir les initiatives artistiques des amateurs ! DépÎt des dossiers en ligne avant le 15 mars 2022

Cet appel Ă  projets s'adresse aux amateurs qui font le choix de se regrouper pour dĂ©velopper leur pratique de façon plus autonome et aller ainsi au-delĂ  d’une participation Ă  un cours, un stage ou des ateliers. Ils s’engagent ainsi dans une aventure diffĂ©rente, dans un projet collectif au sein duquel leurs choix et leur dĂ©marche artistique s’affirment et Ă©voluent.

Pour cela, les groupes (au moins quatre personnes) travailleront leur projet artistique avec un artiste ou un professionnel de la culture confirmé. Ils peuvent bénéficier d'un accompagnement par les Fédérations nationales partenaires (dont fait partie la Ligue de l'enseignement) et par la Direction régionale des affaires culturelles de leur territoire.

Un volet spécifique "jeunesse" a été créé afin de favoriser la constitution de groupes de jeunes amateurs désirant développer une pratique collective autonome.

Certaines de nos associations affiliées ont déjà bénéficié de cet appel à projet lors des précédentes éditions.

Le fonds d'encouragement aux initiatives artistiques et culturelles des amateurs peut vous accompagner financiÚrement pour développer votre projet.

Les dossiers sont Ă  renvoyer en ligne avant le 15 mars 2022.  Vous trouverez l’ensemble des Ă©lĂ©ments d’information sur le site culture.gouv.fr et sur le portail de la dĂ©marche dĂ©matĂ©rialisĂ©e : mesdemarches.culture.gouv.fr

2022 - RĂ©glement Appel Ă  Projet FEIACA

Pour toutes questions, contact : amartinez@fal63.org

Appel à projets pour Danse en amateur et répertoire

Candidature jusqu'au 8 mars 2022 !

Photo - Rencontres danse amateur "De Fil en Chemin"

Danse en amateur et rĂ©pertoire s’adresse Ă  tout groupe composĂ© d’au moins cinq danseurs, constituĂ© depuis au moins deux ans, qui dĂ©sire travailler, durant l’annĂ©e scolaire, une Ɠuvre chorĂ©graphique crĂ©Ă©e depuis plus de cinq ans ou pratiquer des danses non rattachĂ©es Ă  un rĂ©pertoire d'Ɠuvres (danses rĂ©gionales, danses du monde, etc.).
Cette expĂ©rience chorĂ©graphique s’accompagne obligatoirement d’un volet d’actions culturelles autour du rĂ©pertoire travaillĂ©, son contexte artistique et historique. Tous les styles de danse peuvent relever de ce programme.
Dans tous les cas, le projet comporte deux volets :

— le premier volet est centrĂ© sur la dĂ©couverte ou l'approfondissement d'un rĂ©pertoire soit par l'appropriation d'une Ɠuvre ou d'un extrait d'Ɠuvre, soit par l'exploration d'un corpus de danses ;
— le second volet consiste en la mise en place d’actions culturelles autour du rĂ©pertoire travaillĂ© et son environnement culturel.


Le travail est prĂ©sentĂ© lors d’une journĂ©e nationale qui rĂ©unit tous les groupes ayant bĂ©nĂ©ficiĂ© de l’aide.

Le dossier de candidature est Ă  remplir en ligne avant le 8 mars 2022.

Retrouvez toutes les informations sur cet appel Ă  projets ici.

Journée découverte rubgy USEP

AprĂšs 18 mois d'arrĂȘt presque complet de l'activitĂ© USEP en prĂ©sentiel, l'annĂ©e scolaire 2021/2022 commence sur une premiĂšre rencontre exceptionnelle, puisque plus de 350 enfants de l'association de coordination USEP de Clermont-Ferrand (ASCO) ont vĂ©cu le mardi 5 octobre dernier une "JournĂ©e dĂ©couverte rugby" qui s’est dĂ©roulĂ©e dans le temple du rugby Clermontois : le stade Marcel Michelin, mis Ă  notre disposition gracieusement par l'ASM.


Rencontre avec CĂ©cile Gambini

Le lundi 6 décembre 2021, les bénévoles Lire et faire lire ont pu rencontrer Cécile Gambini, auteure et illustratrice clermontoise à l'occasion d'une journée organisée sur la commune de Chappes, accueillant Lire et faire lire depuis de nombreuses années.

Le matin, Cécile Gambini est intervenue auprÚs de deux classes de l'école communale (CE1 et PS - MS) afin de leur présenter ses méthodes d'illustration, de leur lire un de ses albums et d'effectuer quelques travaux manuels.
Les enfants ont pu ainsi découvrir les coulisses d'albums tels que Margherita, Rocky Cat, ou bien Le grand voyage de M. Merlu, avant de créer des animaux fantasques à partir de découpage et de collage, méthodes chÚres à l'illustratrice.

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L'aprÚs-midi, ce fût au tour des lecteurs de profiter de la présence de Cécile Gambini lors d'un temps privilégié dans l'espace culturel mis à disposition par la mairie.
Elle a pu parler de son parcours en tant qu'artiste aux nombreuses casquettes, et présenter plusieurs de ses créations, dont des originaux.


Plusieurs de ses albums jeunesses sont disponibles aux locaux de la Ligue de l'Enseignement.


Bibliographie de CĂ©cile Gambini

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| ||| | | | LE DOSSIER

Assemblée Générale 2021 : rapport moral

Suite de l’édito

« Plus jamais ça Â» ! Elle est loin la pĂ©nurie du papier toilette. Plus jamais de restrictions, de confinement, d’interdictions, ne sont que des expressions restrictives Ă  la suite d’un Ă©tat de mal ĂȘtre en consĂ©quence d’une anxiĂ©tĂ© viscĂ©rale. Mais comment aboutir « au plus jamais Â» quand un manque flagrant d’empathie se laisse dominer par l’indiffĂ©rence. La rĂ©ussite ne viendra que par nos comportements, autant individuels que collectifs, en modifiant notre façon d’interagir avec les autres et avec le monde qui nous entoure. La peur obsessionnelle d’évĂšnements incontrĂŽlables peut engendrer des phobies. La bienveillance et la compassion sont les antidotes contre cette anxiĂ©tĂ©. Le besoin instinctif de nous mobiliser pour une chose commune, pour une communautĂ©, est essentiel. On ne peut se rĂ©aliser en Ă©tant enfermĂ© dans son propre Ă©goĂŻsme, mais on peut participer Ă  l’évolution de l’humanitĂ© grĂące Ă  l’intelligence collective.

« Plus jamais ça ! Â» est avant tout un refus viscĂ©ral de revivre une page terrifiante qui peine Ă  tourner. Les poilus de la Grande guerre l’ont criĂ© maintes fois aprĂšs l’apocalypse des tranchĂ©es, et n’oublions pas non plus celle qui suivit avec ses atrocitĂ©s. Aujourd’hui, les rescapĂ©s de la COVID-19 peuvent Ă©galement s’octroyer cette libertĂ© de parole aprĂšs avoir vĂ©cu l’enfer de la rĂ©animation. Et que dire des trois millions de personnes qui vivent dans la grande pauvretĂ© en France, 6Ăšme puissance Ă©conomique mondiale et la 2Ăšme en Europe. Malheureusement, le constat d’une injustice sociale existe bien. « Plus jamais ça Â» ne sera jamais Ă  leur portĂ©e tant qu’elles se trouveront ignorĂ©es dans une prĂ©caritĂ© persistante. Une militante ATD Quart Monde attire notre attention en disant: « Le plus dur, ce n’est pas de vivre sans rien, mais d’ĂȘtre considĂ©rĂ© comme rien Â»

Il existe des rĂšgles morales dictĂ©es par la conscience. Quand on s’affranchit de ces rĂšgles en choisissant la voie du dĂ©tachement d’évĂ©nements existentiels, on exclut l’exigence d’une solidaritĂ© exemplaire dans le respect d’autrui et de la vie. « Plus jamais ça Â» ne peut ĂȘtre accaparĂ©.

Favoriser la pratique d’activitĂ©s Ă©mancipatrices permet de dĂ©velopper des facultĂ©s cachĂ©es, de s’exprimer et s’accomplir. La culture et le sport sont des vecteurs d’éducation Ă  la citoyennetĂ©, Ă  la solidaritĂ© et Ă  la cohĂ©sion sociale. Le Covid-19 n’a pas Ă©pargnĂ© le monde associatif en le forçant de se soumettre Ă  l’arrĂȘt brutal de ses missions de vivre ensemble, et en consĂ©quence la mise Ă  l’épreuve de ses valeurs. L’épidĂ©mie fait vaciller ce pilier sociĂ©tal. Il vient de subir deux saisons trĂšs perturbĂ©es et dĂ©rangeantes. De plus, le passe sanitaire vient jouer les trouble-fĂȘtes. L’impact de son application aura certainement des retombĂ©es nĂ©gatives immĂ©diates sur le retour attendu Ă  la vie associative. Cette attente, accompagnĂ©e de la crainte, existe. EspĂ©rons que les effets indĂ©sirables seront limitĂ©s mais certaines structures sont dĂ©jĂ  Ă  la recherche de nouveaux intervenants ou animateurs. La crise du salariat vient s’ajouter Ă  celle du bĂ©nĂ©volat.

ConfrontĂ©es Ă  cette inconnue du futur, les associations qui ont pu rĂ©sister jusqu’à maintenant Ă  la crise sanitaire peuvent s’en rĂ©jouir mais certaines ne s’en remettront peut-ĂȘtre pas, fragilisĂ©es Ă©conomiquement et humainement. Triste constat quand on connaĂźt l’importance du tissu associatif au lien social coupĂ© trop longtemps de sa valeur fĂ©dĂ©ratrice. La perte de ce lien a nui Ă  la vie associative avec des rĂ©percussions non encore rĂ©ellement mesurĂ©es sur la frĂ©quentation, et tout particuliĂšrement sur le bĂ©nĂ©volat dĂ©jĂ  en souffrance au fil du temps. L’évaluation ne pourra se faire que quand celle-ci aura repris son rythme de croisiĂšre de confiance et de mobilisation. Face Ă  l’adversitĂ© et aux incertitudes de la reprise d’activitĂ©, les acteurs associatifs ont besoin d’accompagnement. La prioritĂ© reviendra Ă  recrĂ©er le lien avec les adhĂ©rents, les bĂ©nĂ©voles et les partenaires.

RĂ©sister : rĂ©sister comme remobiliser car rien n’est jamais terminĂ©. Ne pas flĂ©chir. Insuffler un nouveau dĂ©part en modulant une nouvelle rĂ©alitĂ© de fonctionnement. La transition numĂ©rique s’est imposĂ©e et reflĂšte la rĂ©alitĂ© de nouvelles pratiques, soumises aux nouveaux outils de communication et de dĂ©veloppement. RĂ©sister comme rĂ©agir et ne pas abdiquer.

Remobiliser : remobiliser comme sensibiliser. Comment remobiliser? La rĂ©ponse est en chacun d’entre nous suivant notre sensibilitĂ© altruiste et empathique. Il est temps de faire revivre le dynamisme rescapĂ© de l’inactivitĂ©.

Relancer : relancer comme rebondir en forçant la machine associative de se rĂ©volter comme par le passĂ© et redonner espoir et dĂ©termination Ă  de nouveaux partenaires de route. Relancer comme accĂ©lĂ©rer la transformation Ă©cologique et sociale dans nos valeurs associatives.

PĂ©daler : pĂ©daler comme continuer Ă  pĂ©daler. On se motive. On reprend des forces et on avance. Surtout ne pas s’arrĂȘter au risque de briser la synergie de groupe. Le virus du covid-19 l’a interrompu. A nous d’insuffler de l’énergie, de la passion. Avec des recharges Ă©motionnelles neuves, on persiste Ă  pĂ©daler.

RecrĂ©er : recrĂ©er comme faire revivre le lien social Ă©moussĂ© durant cette pandĂ©mie. Le dĂ©fi d’une rentrĂ©e sans Covid est impossible, mais le dĂ©fi de se rĂ©inventer sera dĂ©terminant dans la qualitĂ© de nos engagements. RecrĂ©er comme renforcer l’indispensable rĂ©silience en se donnant une voie Ă  suivre pour façonner une sociĂ©tĂ© rĂ©siliente et inclusive.

Redonner : redonner comme donner de nouvelles envies de participer pour la collectivitĂ©, de partager les valeurs et compĂ©tences, de s’investir en Ă©vitant l’excĂšs du "toujours plus", de repenser l’engagement associatif dans une sociĂ©tĂ© toujours plus mobile. C’est Ă  nous de nous adapter au monde.

Les associations ont besoin de bĂ©nĂ©voles. Elles ne peuvent fonctionner sans l’engagement exemplaire de cette force, entrainĂ©e dans une dĂ©marche volontariste au sein de la sociĂ©tĂ©. Les vertus d’humilitĂ© et de fraternitĂ© alimentent leur engagement. Faire ensemble s’impose comme la fĂ©dĂ©ration des consciences en mutualisant le meilleur de chacun.

Les associations et les bĂ©nĂ©voles jouent un rĂŽle primordial sur tous les territoires grĂące Ă  leur dynamisme et en portant avec dĂ©vouement leur contribution Ă  l’animation dans nos villes et nos villages. Ils sont le poumon essentiel de la solidaritĂ©, du vivre ensemble, de l’innovation. Le souci du renouvellement des bĂ©nĂ©voles est rĂ©current. Il ne faut pas chercher particuliĂšrement une relĂšve, ce serait se priver d’une richesse humaine. L’arrivĂ©e d’une Ă©quipe nouvelle n’est efficace que seulement si elle a le temps de s’imprĂ©gner, d’épauler et d’assurer ensuite la relĂšve.

ChĂŽmage partiel, arrĂȘt maladie pour garde d’enfant, tĂ©lĂ©travail, allĂšgement de charges, report de crĂ©ances, fonds de solidaritĂ©, PGE, autant de dispositifs de l’État en soutien aux associations employeuses, complĂ©tĂ©s par des mesures exceptionnelles de la CAF, qui ont pu maintenir la FAL hors de l’eau. Le conseil dĂ©partemental et la ville de Clermont-Ferrand, fidĂšles partenaires, ont Ă©galement contribuĂ© Ă  son maintien au-dessus de la ligne de flottaison.  C’est une rĂ©alitĂ©, le Covid-19 n’a pas non plus mĂ©nagĂ© la fĂ©dĂ©ration. ƒuvrer dans un environnement Ă©conomique et social plus complexe fĂ»t une nouvelle Ă©preuve. Avec sa composante vie fĂ©dĂ©rative, la mise en place d’un accompagnement aux associations affiliĂ©es fut activĂ©e. Garder le lien devenait primordial. Pour ce faire, toutes les informations utiles sur les dĂ©crets ou aides de l’État furent diffusĂ©es avec la lettre d’actualitĂ© et le site internet.

Le maintien de l’emploi s’imposait une nouvelle fois. La FAL s’est dĂ©menĂ©e dans les aides gouvernementales et dans les Ă©conomies capitales Ă  appliquer. Les consĂ©quences sur le pouvoir d’achat des salariĂ©s sont malgrĂ© tout Ă©videntes. Incidence regrettable car, sous l’impulsion irrĂ©prochable du directeur gĂ©nĂ©ral, ils firent un travail remarquable dans la sauvegarde de la maison et de leur outil de travail. Leurs efforts ne sont pas rĂ©compensĂ©s durant toute cette pĂ©riode angoissante, ce qui n’a pas exclu la solidaritĂ© fraternelle hors du commun autour du directeur. Chacun a pu coopĂ©rer dans un esprit d’intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral au dĂ©fi d’urgence du maintien de l’activitĂ©.

La situation actuelle, plombĂ©e par une fatigue physique, psychique et morale, n’est guĂšre plus enjouĂ©e. Une nouvelle vague Ă©pidĂ©mique viendrait emporter ce travail collĂ©gial, brisant tous les efforts consentis. Il est clair que l’issue salutaire ne proviendra que par la disparition du virus avec ses consĂ©quences sanitaires drastiques. Autrement, nous n’aurons de nouveau pas d’autre choix que rĂ©sister, remobiliser, relancer, recrĂ©er et, tant que la force mentale le permettra, continuer Ă  pĂ©daler.

Une mobilisation citoyenne pour une sociĂ©tĂ© unie et solidaire rĂ©pond Ă  ce que l’humanitĂ© a de meilleur. Sans conteste, la solidaritĂ© s’affirme en dĂ©nominateur commun. Cette dynamique collective Ă©radique les tensions provoquĂ©es, de-ci de-lĂ , par les querelles partisanes politiciennes et autres clivages sociaux, sources de fragmentation et de fragilisation de nos valeurs associatives. Que chacun fasse sa part, si modeste soit-elle. Les petits ruisseaux font les grandes riviĂšres. Les "colibris" exaltent les consciences de chaque femme, chaque homme, chaque bien-pensant, en prenant en toute libertĂ© la rĂ©elle mesure de sa propre responsabilitĂ© et de son implication pour l’ensemble de la collectivitĂ©.

« Il ne peut y avoir plus grand don que celui de donner son temps et son Ă©nergie pour aider les autres sans rien attendre en retour. Â» Nelson Mandela.


AssemblĂ©e GĂ©nĂ©rale 2021 : rapport d’activitĂ© 2020

La Ligue de l'enseignement, FĂ©dĂ©ration du Puy-de-DĂŽme, c’est :

  • 424 associations affiliĂ©es (445 en 2018/2019)
  • 184 associations socio-culturelles (8 839 adhĂ©rents)
  • 240 associations UFOLEP (18 476 licenciĂ©s)
  • 84 associations USEP (9 362 licenciĂ©s)
  • Parmi ces associations, 12 sont des structures nouvelles.

La Ligue de l'enseignement, FĂ©dĂ©ration du Puy-de-DĂŽme, accompagne le dĂ©veloppement associatif avec :

  • Affiligue, logiciel en ligne gratuit pour faciliter la gestion administrative et la communication vers la FĂ©dĂ©ration et auprĂšs de ses membres
  • Basicompta, logiciel de comptabilitĂ© en ligne conçu spĂ©cifiquement pour les associations pour simplifier la fonction de TrĂ©sorier
  • APAC Assurances, assurance de proximitĂ©, solidaire et mutualiste
  • Ressources Humaines (aide Ă  l’embauche, gestion des salariĂ©s, mutuelle santĂ©)
  • Formations (Ă©changes, accompagnement d’initiatives culturelles et artistiques)
  • Liaison SACEM-SACD
  • Services Civiques, dispositif pour lancer une nouvelle dynamique et faire vivre votre projet associatif via l'accueil d'un jeune de 16 Ă  25 ans
  • Supports de communication : le journal Auvergne LaĂŻque et la Lettre d'actualitĂ©s

La Ligue de l'enseignement, FĂ©dĂ©ration du Puy-de-DĂŽme, c’est un important service Culture-Education-Jeunesse :

  • Rencontres sur le thĂšme de la danse (De fil en chemin, stages Danses collectives du Monde).
  • RĂ©unions annuelles sur le thĂ©Ăątre, formations et stages de pratique (A la recherche de sa voix, une journĂ©e proposĂ©e pour les ateliers ados, Come Give us a speech, Mime, bruitage et lypsinc etc.).
  • Aide Ă  la pratique en milieu scolaire. Trouvailles (6 reprĂ©sentations, 500 Ă©lĂšves), École du jeune spectateur, Éducation aux mĂ©dias, Cartes de la FraternitĂ©.
  • Dispositif Lire et faire lire. plus de 100 lecteurs bĂ©nĂ©voles, 72 structures d’accueil, prĂšs de 1 000 enfants concernĂ©s.
  • Relais dĂ©partemental des Juniors Associations (18 associations, 198 jeunes)
  • Relais du dispositif Service Civique (43 volontaires accueillis, 20 associations, 20 journĂ©es de formation).

Plusieurs dates annulées et reportées en raison de la crise sanitaire.

La Ligue de l'enseignement, FĂ©dĂ©ration du Puy-de-DĂŽme, c’est un important service de Loisirs sans hĂ©bergement et Loisirs Ă©ducatifs :

  • Partenaire des collectivitĂ©s locales
  • Accompagnement pĂ©dagogique et formation
  • JournĂ©e Transmission des Savoirs, annulĂ©e
  • Formation des animateurs et directeurs (BAFA, BAFD) avec aide au financement, 3 sessions annulĂ©es
  • BAFA solidaire avec la CommunautĂ© de communes Plaine Limage, en partenariat avec la Mission Locale, conventionnement reconduit en 2021
  • Organisation de sĂ©jours

La Ligue de l'enseignement, Fédération du Puy-de-DÎme, ce sont des activités vacances et des séjours éducatifs dans son village-vacances le Grand Panorama, au bord du lac Chambon :

  • Accueil de groupes et familles
  • Organisation de sĂ©jours et classes de dĂ©couvertes
  • GĂźte "Le Chalet"

La Ligue de l'enseignement, FĂ©dĂ©ration du Puy-de-DĂŽme, c’est une importante prĂ©sence institutionnelle :

  • JPA (Jeunesse au Plein Air),
  • CAPE (Collectif des Associations Partenaires de l’École)
  • CDEN (Conseil DĂ©partemental de l’Éducation)
  • ESPE (Centre de Formation des Professeurs)
  • CDAL (ComitĂ© DĂ©partemental d’Action LaĂŻque)
  • URFOL (Union RĂ©gionale des ƒuvres LaĂŻques)

Assemblée Générale 2021 : rapport financier

par Edouard Ferreira, Président de la Ligue de l'enseignement, Fédération du Puy-de-DÎme

RĂ©sultats des votes :

  • Bilan financier : adoptĂ© Ă  l’unanimitĂ©

  • Affectation du rĂ©sultat : adoptĂ© Ă  l’unanimitĂ©

  • Tarifs 2021/2022 (proposition de gel pour la seconde annĂ©e consĂ©cutive) : adoptĂ©s Ă  l’unanimitĂ©

  • ComplĂ©ment au rapport d’activitĂ© 2020

    Le Service Culture Éducation Jeunesse

    Aleth Bador, Vice Présidente à la Culture

    La malle aux trĂ©sors du CEJ avec ses boĂźtes Ă  outils pleines de belles surprises a Ă©tĂ© plusieurs fois ouverte et refermĂ©e au cours de l’annĂ©e Ă©coulĂ©e. Face Ă  ces incertitudes, notons :

    Danses collectives du monde Â» : ça repart. ThĂ©Ăątre : ça repart. Spectacle de danse : ça devrait repartir. La PandĂ©mie : espĂ©rons qu’elle ne repartira pas.

    La boĂźte Ă  outils en direction de l’École et des collectivitĂ©s partenaires propose aussi de belles initiatives :

    • Éducation Ă  la citoyennetĂ©.
    • Éducation aux mĂ©dias et thĂ©matique Fake News.
    • Exposition photo « Les droits de l’enfant Â».
    • Dessine-moi tes droits face au harcĂšlement et Ă  la discrimination.
    • Programmation Trouvailles et Jeune Spectateur (600 enfants en zone Sancy et agglo d’Issoire).
    • Les cartes de la FraternitĂ©.
    • Lire-et-Faire-Lire.
    • Graines de spectacle Ă  Clermont.
    • Parcours du jeune spectateur avec Mond’Arverne CommunautĂ©.
    • Projets au lycĂ©e de Marmilhat et en Pays d’Issoire.

    Cette dynamique du CEJ, on la doit Ă  la richesse de ses acteurs. Ils ont dĂ» faire, dĂ©faire et reconstruire, tenir une veille Covid, suivre et soutenir les bĂ©nĂ©voles : un travail Ă©puisant et parfois frustrant quand tout tombe Ă  l’eau. Et pendant ce temps lĂ , il faut construire l’avenir, cultiver les partenariats, assurer les actions de mĂ©diation auprĂšs des Ă©coles,  collectivitĂ©s pour le jour oĂč


    En un mot faire briller la FAL.

    Juniors Associations

    Marie-France Vogt, Vice PrĂ©sidente Ă  l’Éducation Jeunesse

    La FAL-63 compte 18 juniors associations soit 198 jeunes de 16 Ă  17 ans.  Celles-ci sont rĂ©parties pour moitiĂ© sur le territoire rural (Celles-sur-Durolle, Yronde-et-Buron, Mons
) et 50% en ville (Thiers, Clermont-Fd, Cournon, Issoire
). Elles concernent des domaines d’action les plus divers : animation locale, environnement, culture, solidaritĂ©, sport, sĂ©jours, sciences, citoyenneté 

    La crĂ©ation d’une JA est toujours liĂ©e Ă  un accompagnement et un suivi administratif. 3 d’entre elles ont bĂ©nĂ©ficiĂ© d’un appel Ă  projet « Projet’oi Â» de la CAF.

    Service Civique

    La Ligue de l’enseignement-63 est un relais dĂ©partemental du dispositif national du service civique. Ce dernier permet Ă  des jeunes de 16 Ă  25 ans de consacrer 6 Ă  10 mois Ă  une cause d’intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral. La FAL assure le prise en charge totale du suivi administratif, de l’assurance, de la construction des missions et offre un accompagnement. Elle s’inscrit dans le groupe dĂ©partemental mutualisant les formations civiques et citoyennes sous l’égide du service dĂ©partemental de la Jeunesse, de l’Engagement et des Sports.

    30 jeunes ont été accueillis au service de 25 associations et une municipalité.

    Des sessions de formation a Ă©tĂ© Ă©laborĂ©e Ă  destination des jeunes accueillis au sein de l’Éducation Nationale en lien avec  les services dĂ©partementaux (DSDEN). 11 journĂ©es de formation ont ainsi Ă©tĂ© mises en place touchant 200 jeunes volontaires de l’Éducation Nationale.

    Service Vacances

    Fred Bompied, responsable du secteur alsh et loisirs Ă©ducatifs

    De confinement en prĂ©cautions sanitaire, le service vacances de la FAL a dĂ» s’adapter via de nouvelles mĂ©thodes de travail. Dans un premier temps, la fermeture pure et simple des accueils et des stages BAFA a fortement impactĂ© la fĂ©dĂ©ration. La rĂ©ouverture s’est faite au prix d’une augmentation notable du taux d’encadrement et de nombreux frais pour ĂȘtre en conformitĂ© avec les directives officielles. Cet effort vers la qualitĂ© du service a permis de largement fidĂ©liser les enfants accueillis.

    Tout cela s’est fait Ă  bas bruit grĂące au dĂ©vouement des personnels, personnels qui auraient bien mĂ©ritĂ© eux aussi que les mĂ©dias et l’opinion publique s’intĂ©ressent Ă  eux et Ă  leurs conditions de travail. Heureusement, les services de l’État (DDCS, CAF) ont apportĂ© un soutien indĂ©fectible.

    MĂȘme si en mettant en exergue la notion de « vacances apprenantes Â» le service vacances de la FAL et ses personnels ont eu l’impression que nos forts en thĂšmes tenaient de la poule qui a trouvĂ© un couteau (les vacances collectives n’ont-elles pas TOUJOURS eu un volet pĂ©dagogique) le dispositif soutenu par l’État et les collectivitĂ©s a permis le dĂ©part ,via le Secours Populaire, Thiers-Dore et Montagne et la ville de Clermont, de prĂšs de 300 enfants  en sĂ©jours apprenants.  Pauline Adrian a jouĂ© un rĂŽle important pour que le Grand Panorama soit un site de rĂ©fĂ©rence.

    CĂŽtĂ© BAFA, nombre de sessions de formation ont Ă©tĂ© annulĂ©es.  On soulignera la dĂ©marche originale mise en place au sein de Plaine-Limagne appelĂ©e BAFA solidaire, les stagiaires remboursant en nature (encadrement bĂ©nĂ©voles des Centres de loisirs) les frais de leur formation.

    Paroles d’Ancien.

    Pour sa derniĂšre AG avant retraite, Fred Bompied a, avec le talent qu’on lui connaĂźt, rappelĂ© ce qu’ont Ă©tĂ© les fondamentaux de son travail au sein de la FAL. MĂȘme si les conditions de son dĂ©part  ne lui ont pas permis un dernier bilan qualifiĂ© de « normal Â», convictions, espoir, optimisme et bienveillance sont Ă  mettre au fronton de ce qui symbolise son engagement et son action. Citons-le :

    • La FAL n’est pas morte et se reconnaitront ici celles et  ceux qui ont ƓuvrĂ© avec abnĂ©gation et enthousiasme pour qu’il en soit ainsi.
    • Le mouvement laĂŻc ne doit pas se tromper d’adversaire. Celui-ci n’est ni Ă  l’étage d’en dessous ni dans l’association Ă  but non lucratif du village d’à cĂŽtĂ©.
    • Au nom de l’Éducation populaire et permanente « regroupons-nous pour un combat commun Â». A dĂ©faut, le systĂšme marchand saura nous en faire payer le prix.

    Si « A quelque chose malheur est bon Â» sachons tirer les leçons des difficultĂ©s du moment pour adapter notre action et promouvoir inlassablement une sociĂ©tĂ© empreinte de dĂ©mocratie et de citoyennetĂ©

    NDLR : Merci Fred pour ces sages et encourageantes paroles.

    | ||| | | | Avec les DDEN

    Assemblée générale des DDEN à Maringues le 9 octobre dernier

    Ce furent de joyeuses retrouvailles aprĂšs tant de mois de rĂ©unions en “distanciel”. La tribune avait elle aussi retrouvĂ© ses couleurs, avec M. Denis Beauvais, Maire de Maringues et son adjointe, M. Yves LĂ©on (IEN, pour le DASEN), M. Eric Gold, sĂ©nateur.

    Notre PrĂ©sident, Gilles Begon s’est fĂ©licitĂ© du grand nombre de collĂšgues qui avaient retrouvĂ© les chemins de la dĂ©fense de l’école rĂ©publicaine, d’autant que comme il l’annonçait d’entrĂ©e, de nombreuses tĂąches les attendaient dont l’étude du texte du gouvernement, dĂ©jĂ  votĂ© par l’assemblĂ©e nationale, encore en dĂ©bat au SĂ©nat, sur la modification de la fonction de directeur d’école qui avait fait l’objet de notre dernier article de juin.    

    Notre collÚgue Catherine Haensler, membre de notre bureau local et du bureau fédéral, a ouvert les débats avec ce texte de réflexion sur cette réforme

    Loi Rilhac : nouveau statut des directeurs

    DĂ©posĂ©e par la dĂ©putĂ©e LERM CĂ©cile Rilhac, une nouvelle proposition de loi envisage de modifier la fonction de directeur d'Ă©cole. Sans changer le statut du directeur, la proposition de loi prĂ©voit de lui donner autoritĂ© dans l'Ă©cole et de nouvelles responsabilitĂ©s en Ă©change d'un meilleur systĂšme de dĂ©charges et d'une meilleure rĂ©munĂ©ration. Cette proposition de loi affirme le statut dĂ©cisionnel du directeur sur le plan pĂ©dagogique et administratif : le directeur deviendrait le supĂ©rieur hiĂ©rarchique des enseignants ayant dĂ©lĂ©gation d'autoritĂ© du DASEN. Une autoritĂ© "fonctionnelle" donnĂ©e par les inspecteurs qui en thĂ©orie peut aller jusqu'Ă  l'Ă©valuation des enseignants comme le Grenelle de l’Éducation l'envisage. Exactement comme le font les chefs d'Ă©tablissements du second degrĂ©: la direction d'Ă©cole Ă  l'heure du management en quelque sorte!

    Les directeurs demandent-ils cette autorité?

    Il semble que non d'aprĂšs plusieurs consultations organisĂ©es par le ministĂšre lui-mĂȘme. Majoritairement les directeurs d'Ă©coles et les professeurs des Ă©coles ne veulent pas de supĂ©rieurs hiĂ©rarchiques au sein des Ă©quipes d'Ă©cole. Par contre ils espĂšrent que des moyens supplĂ©mentaires seront donnĂ©s aux directeurs notamment des temps de dĂ©charges plus ambitieux. Dans le projet de loi, les dĂ©charges ne sont plus dĂ©finies par rapport Ă  un nombre d'Ă©lĂšves mais en fonction de "spĂ©cificitĂ©s" de l'Ă©cole. Ces dĂ©charges seraient ainsi attribuĂ©es au cas par cas par les acadĂ©mies. Autrement dit Ă  une rĂšgle nationale de dĂ©finition des dĂ©charges se substitue un "dialogue "personnel avec l'acadĂ©mie. Inutile de prĂ©ciser ce qui attend les directeurs qui Ă©changent une rĂšgle nationale contre la bonne volontĂ© d'un DASEN !

    Le 2 septembre, le prĂ©sident de la RĂ©publique a annoncĂ©, dans le cadre de son plan "Marseille en grand", une expĂ©rimentation dans 50 Ă©coles de la ville pour inventer "l'Ă©cole du futur" en contrepartie de la rĂ©novation des 174 Ă©coles marseillaises qualifiĂ©s par le maire comme "indignes de la RĂ©publique"( au passage je vous rappelle qu'en 2019  la FĂ©dĂ©ration organisa les visites d'Ă©cole en accord avec l'Inspection AcadĂ©mique des Bouches du RhĂŽne pour alerter sur la vĂ©tustĂ© des Ă©coles de la deuxiĂšme ville de France). Ainsi donc, dans ces 50 Ă©coles, les directeurs pourront "choisir les enseignants " pour ĂȘtre sĂ»r qu'ils sont pleinement engagĂ©s ; ils pourront aussi associer des acteurs extra-scolaires. Le prĂ©sident de la RĂ©publique entend " adapter, repenser les projets d'apprentissage, les rythmes scolaires, les rĂ©crĂ©ations, la durĂ©e des cours, les façons d'enseigner" en dĂ©finissant les projets avec les Ă©lus et les associations. Chacun comprend que cette mesure accroĂźtrait la dĂ©pendance de l'Ecole Publique envers les municipalitĂ©s. DĂ©pendance dĂ©jĂ  amorcĂ©e lors de la mise des "rythmes scolaires". L'annonce de la gĂ©nĂ©ralisation de cette mesure dĂšs la rentrĂ©e 2023 prĂ©pare donc l'Ă©clatement du cadre national de l'Ecole Publique : des programmes nationaux seraient ainsi remplacĂ©s par des projets locaux dĂ©pendant des options politiques des majoritĂ©s municipales en place.

    L'autonomie et la transformation du rĂŽle des directeurs ne sont pas des idĂ©es neuves loin de lĂ ! DĂšs 1952 une premiĂšre fronde vint Ă  bout de la crĂ©ation d'un grade spĂ©cifique pour les directeurs. Trois dĂ©cennies plus tard ce mĂȘme projet est abrogĂ© devant l'opposition des syndicats et de la base des enseignants. Sous la prĂ©sidence Sarkozy, la question revient sur le tapis dans le cadre de la refonte de l’École Primaire portĂ©e par le ministre Darcos. L'idĂ©e est encore une fois remisĂ©e. Et le ministre Blanquer ressort actuellement des tiroirs ministĂ©riels cette vieille idĂ©e de formaliser le pouvoir hiĂ©rarchique du directeur dans le premier degrĂ©.

    Les pĂšres fondateurs de l'Ă©cole publique avaient jugĂ© que l'Ă©cole oĂč doivent aller tous les jeunes français doit donner une Ă©ducation dĂ©mocratique. Et cela passe par un fonctionnement dĂ©mocratique de l'Ă©cole elle-mĂȘme. Jules Ferry y voyait la garantie d'une Ă©cole vraiment rĂ©publicaine. En lieu et place Mr Macron propose un fonctionnement managĂ©rial en accord avec la sociĂ©tĂ© ultra libĂ©rale.

    Depuis plusieurs annĂ©es l'autonomisation des Ă©tablissements Ă©ducatifs est en Ɠuvre Ă  travers les lois LRU et LPRR. Un Ă©conomiste spĂ©cialiste de l'enseignement supĂ©rieur Ă©crit " dans le supĂ©rieur bien plus avancĂ© en la matiĂšre, ce qui est vite venu aprĂšs l'autonomie c'est une politique de diffĂ©renciation et de mise en concurrence : soit une universitĂ© Ă  deux vitesses". Il ajoute " ce n'est pas un risque c'est dĂ©jĂ  Ă  l'Ɠuvre".

    Enfin avant de dĂ©battre, nous vous soumettons une derniĂšre information venue de l'Organisation de CoopĂ©ration et de DĂ©veloppement Économique, l'OCDE qui comme vous le savez est une organisation internationale. Selon son secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral: " pour la France, l'important est de poursuivre l'effort engagĂ© de rĂ©formes " et dĂ©velopper la culture d'autonomie des Ă©tablissements scolaires.

      La délégation DDEN 63

    | ||| | | | Avec le Cercle Condorcet

    Introduction au débat sur la cancel culture

    par Alain Roume

    Quelques réflexions et références

    C’est en lisant l’ouvrage de Caroline Fourest, paru en 2020 et intitulĂ© « GĂ©nĂ©ration offensĂ©e Â» et sous-titrĂ©e « De la police de la culture Ă  la police de la pensĂ©e Â» que je me suis intĂ©ressĂ© Ă  ce mouvement de pensĂ©e et aux pratiques qu’il induit, connu plus largement aujourd’hui sous le nom de Cancel culture.

    Selon Madame WikipĂ©dia, "la cancel culture" (culture de l‘annulation) ou call-out culture (culture de la dĂ©nonciation), est une pratique nĂ©e aux États-Unis consistant Ă  dĂ©noncer publiquement en vue de leur ostracisation, les individus ou les groupes responsables d’actions ou de comportements perçus comme problĂ©matiques. La cancel culture va au-delĂ  du « woke Â» - terme apparu en 2010 aux États-Unis - dĂ©crivant un Ă©tat d’esprit militant et combatif en faveur de la protection des minoritĂ©s.

    D’un point de vue sĂ©mantique, l’expression a Ă©tĂ© traduite diversement par culture du bannissement, de l’annulation, de l’ostracisme ou de l’ostracisation, de la nĂ©gation, de l’anĂ©antissement, de l’effacement, de la suppression, du boycott, de l’humiliation publique, de la dĂ©nonciation


    Du changement de titre du roman d’Agatha Christie « Dix petits nĂšgres Â» rebaptisĂ© « Ils Ă©taient dix Â» jusqu’à la derniĂšre exigence d’un journaliste algĂ©rien demandant que la Tour Eiffel soit restituĂ©e Ă  son pays parce que fabriquĂ©e Ă  partir de minerai de fer exploitĂ© en AlgĂ©rie, en passant par la destruction de statues de Victor SchƓlcher en Martinique ou encore le refus opposĂ© Ă  François Hollande de donner une confĂ©rence Ă  l’universitĂ© de Lille en 2019, ces formes d’expressions ou d’actions ont tendance Ă  se multiplier ces derniĂšres annĂ©es. Hier encore on apprenait qu’une polĂ©mique Ă©tait ouverte Ă  propos de la traduction des textes de la jeune poĂ©tesse noire Amanda Gorman qui a ravi la vedette Ă  Joe Biden lors de son investiture : une traductrice « blanche Â» Ă©tait rĂ©cusĂ©e.

    En Ă©largissant notre champ de vision, on pourrait rattacher Ă  ce mouvement, des mouvements sociaux comme « #MeToo », la question des Ă©tudes de genre, des Ă©tudes « postcoloniales Â», de l’intersectionnalitĂ© (lier les inĂ©galitĂ©s de classe et/ou de genre aux questions du racisme), le dĂ©bat entre identitaires de la race et identitaires de la classe, tout cela se ramenant, en grossissant le trait, Ă  la dĂ©fense des minoritĂ©s considĂ©rĂ©es comme dominĂ©es. L’exemple le plus rĂ©cent qui alimente une trĂšs vive polĂ©mique est celui du syndicat Ă©tudiant l’UNEF, qui organise des rĂ©unions (ateliers ou groupes de parole) non mixtes (blancs d’un cĂŽtĂ©, noirs de l’autre ou encore hommes et femmes sĂ©parĂ©s), seule possibilitĂ© de laisser les minoritĂ©s s’exprimer sans entrave
 Et « l’islamo-gauchisme Â» serait une exacerbation de cette orientation qui, selon ses contempteurs, serait devenue tellement majoritaire Ă  l’universitĂ© qu’elle en interdirait tout dĂ©bat ou toute critique.

    Sans entrer dans ces derniers concepts complexes qui nourrissent abondamment des affrontements d’intellectuels, on se contentera ici d’ouvrir des pistes de rĂ©flexion sur la « cancel culture Â» Ă  travers quelques citations ou rĂ©fĂ©rences bibliographiques.

    1.  Caroline Fourest : « c’est l’histoire de petits lynchages ordinaires, qui finissent par envahir notre intimitĂ©, assigner nos identitĂ©s, et censurer nos Ă©changes dĂ©mocratiques. Une peste de la sensibilitĂ©. Chaque jour, un groupe, une minoritĂ©, un individu Ă©rigĂ© en reprĂ©sentant d’une cause, exige, menace et fait plier. Au Canada des Ă©tudiants exigent la suppression d’un cours de yoga pour ne pas risquer de s’approprier la culture indienne. Aux Etats-Unis la chasse aux sorciĂšres traque les menus asiatiques dans les cantines et l’enseignement des grandes Ɠuvres classiques, jugĂ©es choquantes et normatives, de Flaubert Ă  DostoĂŻevski. Des Ă©tudiants s’offusquent Ă  la moindre contradiction qu’ils considĂšrent comme des micro-agressions au point d’exiger des safe-space. OĂč l’on apprend en rĂ©alitĂ© Ă  fuir l’altĂ©ritĂ© et le dĂ©bat.
      Selon l’origine gĂ©ographique ou sociale, selon le genre et la couleur de peau, selon son histoire personnelle, la parole est confisquĂ©e. Une intimidation qui va jusqu’à la suppression d’aides Ă  la crĂ©ation et au renvoi de professeurs. La France croyait rĂ©sister Ă  cette injonction, mais lĂ  aussi, des groupes tentent d’interdire des expositions ou des piĂšces de thĂ©Ăątre
 souvent antiracistes ! La police de la culture tourne Ă  la police de la pensĂ©e. Le procĂšs en offense s’est ainsi rĂ©pandu de façon fulgurante. L’appropriation culturelle est le nouveau blasphĂšme qui ne connait qu’une religion : celles des origines.
    2. Critique de l’ouvrage de Caroline Fourest : extraits d’un article de M. Marzouki
      « [
] le livre ne mentionne pas le terme de cancel culture, c’est pourtant de cette nouvelle dimension du dĂ©bat mĂ©diatique qu’il est fortement question : la possibilitĂ© de nuire ou d’éliminer un supposĂ© coupable des maux auxquels notre Ă©poque et le camp progressiste sont le plus sensibles : racisme, sexisme, violence sexuelle. GĂ©nĂ©ration offensĂ©e croise donc ces deux dimensions du dĂ©bat public : la montĂ©e en puissance de revendications d’une hypersensibilitĂ© identitaire - en matiĂšre de genre, de race, de sexualitĂ© - et l’intensification de lynchages mĂ©diatiques, nouvelles formes de l’hystĂ©risation des conflits sur les rĂ©seaux sociaux.
      Pour Caroline Fourest , le fond idĂ©ologique de l’affaire s’explique par la victoire d’une gauche antiraciste « identitaire Â», « communautariste Â» voire « indigĂ©niste Â», contre une gauche « Charlie Â» « laĂŻque et rĂ©publicaine Â» Ă  l’antiracisme universaliste. La premiĂšre aurait dĂ©sormais le monopole de l’agenda culturel au sein de l’UniversitĂ©, dans les mĂ©dias et le monde de la culture. Elle serait Ă©galement coupable d’avoir perverti le combat antiraciste par des revendications politiques qui compromettent dĂ©sormais la transmission des savoirs dans l’UniversitĂ©, la crĂ©ation et la diffusion des Ɠuvres, le dĂ©bat public et finalement, l’idĂ©e mĂȘme de contrat social.
    3. Extraits du rĂ©sumĂ© d’une confĂ©rence sur France Culture
      Tyrannie des minoritĂ©s, appel Ă  la censure, intolĂ©rance, ostracisme, culture de l’élimination : que n’entend-on depuis des mois sur les dĂ©rives liberticides dans le dĂ©bat public amĂ©ricain et français ? La dĂ©rive que certains prĂȘtent Ă  une certaine gauche radicale tient en une expression fĂ©tiche, comme l’image de l’enfer du politiquement correct : la « cancel culture Â».
      Une nouvelle guerre culturelle serait ainsi Ă  l’Ɠuvre, avec un large registre d’actions – de la critique Ă  l’insulte, de cyberharcĂšlement au boycott, du sit-in au dĂ©boulonnage de statues- qui traduit la violence d’un moment fracturĂ© et irrespirable de la vie civique. Cette culture de l’annulation est ainsi devenue l’outil actif de la contestation politique issue des minoritĂ©s « excĂ©dĂ©es par l’impunitĂ© du pouvoir et la passivitĂ© des institutions face au racisme, Ă  l’injustice sociale, au sexisme, Ă  l’homophobie, Ă  la transphobie, entre autres Â»
      Black Lives Matter et #MeToo sont les deux grands mouvements sociaux qui puisent dans la « cancel culture Â» des ressources rhĂ©toriques pour dĂ©noncer des situations iniques, exiger des institutions qu’elles prennent leurs responsabilitĂ©s en cessant d’honorer des personnalitĂ©s accusĂ©es d’agressions sexuelles ou d’Ɠuvres racistes.
      Un mot « cancel Â» qui suffit en lui-mĂȘme Ă  disqualifier les valeurs qu’il incarne : la censure d’oĂč qu’elle vienne n’est pas dĂ©fendable, et la libertĂ© d’expression est un principe dĂ©mocratique inaliĂ©nable.
    4. Extrait d’un dĂ©bat Élisabeth Roudinesco/Sandra Laugier (L’OBS du 25/02)
      A propos des Ă©tudes des sciences sociales actuelles et des mouvements activistes :
      ER : [
] En descendant dans la rue ces Ă©tudes ont fini par servir de support Ă  une position victimaire et une volontĂ© punitive. On en arrive Ă  la Cancel culture, Ă  l’effacement de l’histoire mĂ©morielle, au dĂ©boulonnage des statues et Ă  une culture de la dĂ©nonciation, toujours dangereuse pour la dĂ©mocratie.
      SL : la dĂ©ploration de la cancel culture, c’est pour moi, comme celle du « politiquement correct Â», l’expression de gens qui ont trĂšs largement accĂšs aux mĂ©dias et Ă  la parole et qui se sentent tout Ă  coup vulnĂ©rables du fait que d’autres personnes peuvent venir les contester dans l’espace public. Je vous rejoins en revanche sur la rĂ©Ă©criture des Ɠuvres et je crois que nous sommes nombreux Ă  penser ainsi : l’éducation est indispensable ; pour connaĂźtre le passĂ©, il faut y avoir accĂšs tel quel.
    5. Un lecteur de l’OBS (courrier des lecteurs) du 11 mars
      [
] moi aussi j’aime Gainsbourg, FerrĂ© me fait pleurer, San-Antonio me remplit de joie. Un bon Woody Allen est un pur bonheur. Apollinaire et Baudelaire, de sacrĂ©s poĂštes. CĂ©line a Ă©tĂ© un Ă©crivain gĂ©nial. Et « le Pianiste Â» de Roman Polanski est du bon cinĂ©ma. Pourtant je n’épouse pas tout ce que disent, Ă©crivent, font ou ont fait ces artistes. Alors s’il fallait anĂ©antir tout ce qui gĂȘne, rasons le chĂąteau de Versailles construit sur des cadavres d’ouvriers et au prix d’impĂŽts insupportables, dĂ©molissons la Sainte Chapelle, voulue par un Saint Louis antisĂ©mite, dĂ©montons les Ă©difices religieux, symboles d’un clergĂ© tout puissant et prĂ©varicateur. La liste est longue
On y gagnerait quoi ? Ça n’aurait pas de fin ! L’intolĂ©rance et le communautarisme quel qu’il soit sont des poisons lents et mortels.
    6. Michel Onfray : entretien sur France 2 du 6 mars
      Il estime que la sociĂ©tĂ© actuelle est une tyrannie des minoritĂ©s qu’il juge dangereuse. Il prend l’exemple du discours d’AĂŻssa MaĂŻga qui avait dĂ©noncĂ© la sous-reprĂ©sentation des minoritĂ©s ethniques dans le cinĂ©ma français lors de la cĂ©rĂ©monie des CĂ©sars en 2020. « Moi, je n’ai jamais affaire Ă  des femmes, des blancs, des musulmans, des juifs
 J’ai affaire Ă  des ĂȘtres humains. C’est la fin de l’universalisme, c’est terrible. On ne peut pas faire une communautĂ© si chacun revendique sa subjectivitĂ©, sa couleur de peau, sa religion, on n’arrive pas Ă  faire RĂ©publique Â»
      Se disant de gauche, socialiste libertaire, il dĂ©plore qu’il y ait aujourd’hui « un catĂ©chisme progressiste Â» auquel on serait forcĂ© d’adhĂ©rer, « sur l’identitĂ©, sur le changement climatique Â» sous peine d’ĂȘtre assimilĂ© Ă  un fasciste. Le dĂ©bat n’est plus possible, on se fait insulter. Pour moi la gauche c’est le dĂ©bat, ce n’est pas l’interdiction ; la dictature de l’émotion, c’est le refus de la raison Â»

    Exigence de plus de justice pour les « dominĂ©s Â» ou vĂ©ritable censure, le dĂ©bat sur la cancel culture et ses prolongements est de plus en plus vif et tourne Ă  l’affrontement. Un peu de sagesse nous est proposĂ©e dans le dernier livre de Jean Birnbaum, « Le courage de la nuance Â». Citant Albert Camus : « Nous Ă©touffons parmi des gens qui pensent avoir absolument raison Â», il considĂšre que : Â« nous sommes nombreux Ă  ressentir la mĂȘme chose aujourd’hui, tant l’air devient proprement irrespirable. Les rĂ©seaux sociaux sont un thĂ©Ăątre d’ombres oĂč le dĂ©bat est souvent remplacĂ© par l’invective, chacun craignant d’y rencontrer un contradicteur, prĂ©fĂšre traquer cent ennemis. Au-delĂ  mĂȘme de Twitter ou de Facebook, le champ intellectuel et politique se confond avec un champ de bataille oĂč tous les coups sont permis. Partout de fĂ©roces prĂȘcheurs prĂ©fĂšrent attiser les haines plutĂŽt qu’éclairer les esprits. Â»

    | ||| | | | Education & Culture

    Journées internationales pour les droits des femmes

    L'ATR prĂ©sente « FEMMES AFGHANES Â» - Lectures poĂ©tiques des textes de Sayd Bahodine Majrouh (Le suicide et le chant) et de Atik Rahimi (Pierre de patience).

    Qu'y a-t-il de commun entre ces trois dames photographiĂ©es en 1927 dans leur pays, l’Afghanistan, et les sinistres Burkas imposĂ©es par le rĂ©gime des talibans ?

    L'historien nous rĂ©pond par quelques dates :

    1973 :  la rĂ©publique est proclamĂ©e mais les milieux ruraux et musulmans restent trĂšs conservateurs, notamment Ă  l'Ă©gard des femmes.

    1978 – Coup d'Ă©tat communiste avec l'aide de l'URSS : les femmes retrouvent-elles une place nouvelle dans une sociĂ©tĂ© plus occidentalisĂ©e : Ă©ducation, santĂ©, vie publique et mĂȘme politique ?

    « Officiellement les russes sont venus pour sauver le rĂ©gime communiste afghan Â» 
 pas davantage !

    1996 – les talibans s'emparent du pouvoir et mettent en place un Ă©mirat islamiste avec le mollah Omar. Les femmes sont Ă  nouveau exclues du travail et de l'Ă©ducation. Le port de la burka leur est imposĂ©. Musique, danse et jouets sont interdits.

    2001 – les USA interviennent Ă  leur tour militairement en Afghanistan, le rĂ©gime des talibans s'effondre (Ă©limination de Oussama Ben Laden) : les femmes ont retrouvĂ© quelques droits : sortir de leurs foyers et s’impliquer dans la vie publique.

    2014 – DĂ©part des amĂ©ricains.

    2021 – Les Talibans sont au pouvoir en Afghanistan.

    Le journaliste  et Ă©crivain Tahar Ben Jelloun Ă©voquant le situation des femmes en Afghanistan ne fait pas dans la dentelle : «  Si dans le monde, Ă©crit-il, les femmes se battent pour prĂ©server leur dignitĂ© et amĂ©liorer leur condition, certains Ă©tat comme l'Afghanistan viennent en aide aux hommes en proposant un projet de loi obligeant la femme Ă  se donner Ă  son mari , mĂȘme s'il est Ă©jaculateur prĂ©coce, s'il a mauvaise haleine ou si tout simplement il ne fait naĂźtre chez elle aucun dĂ©sir 
 l'intĂ©grisme tremble devant le corps de la femme, a peur de son sexe et rĂ©agit avec la violence du frustrĂ© ou du perturbĂ© par la sexualitĂ© 
 cela se traduit par le port du voile , de la burqa ou de la djellaba. La femme doit ĂȘtre cachĂ©e, invisible, Ă©loignĂ©e des regards de la vie ... Â»

    Une seule lecture de « FEMMES AFGHANES Â» a pu avoir lieu le 10 mars 2020 dans la salle des « Abattoirs Â» Ă  Riom, la tournĂ©e prĂ©vue ayant Ă©tĂ© interrompue pour les raisons sanitaires que l'on connaĂźt. D'autres circonstances permettent aujourd'hui de reprendre ce travail. Il sera prĂ©sentĂ© Ă  Vic Le Comte (12 novembre), au Cabaret rural « Le Poulailler Â» de Saint Pierre Roche, Ă  Riom, Ă  Marsat, Ă  Romagnat, Ă  Bourg Lastic, Ă  Orcines
 jusqu'en mars 2022.


    Une enfance bourbonnaise

    MĂ©moire(s) de Bernard GILLIET (suite)

    Pour la 3Ăš fois, nous offrons Ă  nos lecteurs des extraits du texte Ă©crit par notre ami, Bernard Gilliet, tĂ©moignage d'une grande prĂ©cision sur « son enfance bourbonnaise Â». Nous avons dĂ©jĂ  soulignĂ© l'importance documentaire de ce texte qui brosse un tableau de la France paysanne au dĂ©but du siĂšcle prĂ©cĂ©dent. L'extrait choisi Ă©voque les premiers moments de l'expĂ©rience scolaire vĂ©cue par Bernard Gilliet ; au regard portĂ© sur l'attachement qu'il a toujours marquĂ© Ă  l'Ă©cole publique, Ă  son engagement dans l'Ă©ducation on peut mesurer l'importance, dans son enfance et dans sa vie, de cette expĂ©rience scolaire des commencements. On verra combien il se montre sensible aux dĂ©tails de l'architecture, de l'organisation ; combien il est observateur de ses maĂźtres et combien son souvenir est vif, empreint d'une vĂ©ritable gratitude envers les lieux et les ĂȘtres qui lui ont insufflĂ© ses premiers savoirs.

    Étroitement liĂ© Ă  l'histoire, le rĂ©cit des « dĂ©buts Ă  l'Ă©cole Â» s'inscrit dans « les dĂ©buts de la guerre Â», rĂ©alisant une fois encore cette filiation Ă©troite entre l'histoire personnelle et l'histoire collective.

    Voilà pourquoi le récit de Bernard nous concerne tous aujourd'hui, et pourquoi aussi il éveille en nous une nostalgie infinie inhérente à l'émergence mélancolique de nos souvenirs.

    DĂ©buts Ă  l'Ă©cole

    Cette premiĂšre enfance [...] allait ĂȘtre modifiĂ©e par l'entrĂ©e Ă  l'Ă©cole et par le dĂ©clenchement de la seconde guerre mondiale.

    [...] NĂ© en dĂ©cembre 1932, je devais donc faire connaissance avec le monde scolaire en avril 1938. Cette perspective m'effrayait Ă  l'avance et me tirait des larmes : pour moi l'Ă©cole Ă©tait le lieu de la lecture ; ne sachant pas lire, alors que les enfants dĂ©jĂ  scolarisĂ©s maĂźtrisaient parfaitement ce savoir fondamental, je n'imaginais pas comment j'allais pouvoir apprendre des leçons ; d'avance je me sentais dĂ©sarmĂ© et honteux. Ces inquiĂ©tudes se rĂ©vĂ©lĂšrent vaines et furent tĂŽt dissipĂ©es. D'abord Ă  cinq ans je n'Ă©tais plus totalement illettrĂ© ; comme tous les enfants, j'aimais colorier des images et leur accoler des gribouillis. Voyant que j'y avais goĂ»t et habiletĂ©, on m'avait, vers mes quatre ans, pourvu d'un petit calepin quadrillĂ© et je l'avais entiĂšrement rempli, au crayon Ă  papier, en prenant grand soin de suivre les lignes, de boucles enchaĂźnĂ©es qui ne formaient pas des lettres mais dont la rĂ©gularitĂ© m'Ă©tonna plus tard ; et puis le grand-pĂšre, me tenant sur ses genoux quand il lisait son journal, "La Tribune RĂ©publicaine", m'avait appris mes lettres ; je savais mĂȘme les assembler quelque peu en syllabes. L'Ă©cole, jouxtant la mairie, n'Ă©tait qu'Ă  trois cents mĂštres de notre demeure ; mais il fallait pour s'y rendre franchir le pont du canal et emprunter l'Ă©troit trottoir bordant la route nationale oĂč circulaient quelques rares autos et davantage de charrois. Pour m'y conduire et m'en ramener, on avait convenu de me confier au Louis Battagion, un grand de treize ans rĂ©putĂ© pour son sĂ©rieux et sa gentillesse, fils d'immigrĂ©s italiens qui habitaient plus haut dans le chemin du dĂ©pĂŽt d'essence ; quand il passait Ă  la maison, il me prenait de sa main libre, l'autre Ă©tant dĂ©jĂ  occupĂ©e par la menotte d'une de mes petites camarades, l'Aline Mascarell. J'ai souvenir que quelques jours seulement aprĂšs ma rentrĂ©e, il avait dĂ©couvert mes talents prĂ©coces et m'avait fait faire devant ses camarades une dĂ©monstration encore hĂ©sitante de lecture : Ă  sa grande fiertĂ©, je parvins Ă  dĂ©chiffrer les noms de quelques Ă©lĂšves inscrits sur les Ă©tiquettes des porte-manteaux.

    Selon un schĂ©ma classique sous la TroisiĂšme RĂ©publique, entre rue principale et route de Gilly, la seule bĂątisse du bourg, avec la poste, Ă©difiĂ©e en pierre de taille rassemblait la mairie et, de part et d'autre, les locaux des Ă©coles de filles et de garçons. Sauf dans les villes oĂč existaient des Ă©coles maternelles dont les maĂźtresses accueillaient ensemble fillettes et garçonnets, et dans les communes les moins peuplĂ©es qui ne pouvaient fournir l'effectif de deux classes, la sĂ©grĂ©gation des sexes Ă©tait en effet de rĂšgle dans l'enseignement primaire, y compris chez les enseignants, et il fallut la guerre pour voir des femmes nommĂ©es dans des Ă©coles de garçons ; en revanche les cours complĂ©mentaires, en avance sur les lycĂ©es, Ă©taient mixtes. A l'Ă©tage de l'ensemble Ă©taient amĂ©nagĂ©s trois logements pour les instituteurs et autant pour les institutrices. Du toit en ardoises qui couvrait le grenier surplombant la mairie se dĂ©tachait fiĂšrement une niche de pierre. C'Ă©tait le cadre de l'horloge communale que dominait un fronton triangulaire marquĂ© des initiales RF de la RĂ©publique Française. De part et d'autre chaque Ă©cole Ă©tait prolongĂ©e par un prĂ©au couvert, au sol cimentĂ© et Ă  la charpente apparente.

    S'Ă©tendant devant locaux scolaires et prĂ©aux, les deux cours bordĂ©es de murs surmontĂ©s de grilles en fer forgĂ© ont, quoique depuis longtemps dĂ©saffectĂ©es, encadrĂ© jusqu'en 2006 l'accĂšs Ă  la mairie devant laquelle la fanfare donnait alors concert la veille du 14 juillet. Les filles disposaient en outre d'une seconde cour, plus petite et triangulaire aboutissant, Ă  la jonction des deux routes, au monument aux morts de la guerre de 1914-1918, dĂ©placĂ© depuis. Cette courette Ă©tait sĂ©parĂ©e de l'Ă©cole proprement dite par un bĂątiment rassemblant sous le mĂȘme toit un WC public pas plus dotĂ© d'eau courante que ceux de la plupart des particuliers, le garage de la pompe Ă  incendie et [...] la prison communale, qui n'hĂ©bergeait qu'Ă©pisodiquement, pour une nuit ou deux, quelque vagabond surpris par le garde-champĂȘtre en Ă©tat d'ivresse [...]

    Dix minutes avant le dĂ©but de la classe, le directeur donnait un coup de sifflet, ouvrait la porte de la cour et nous entrions sans omettre de le saluer et de nous dĂ©couvrir en passant devant lui. Le sifflet marquait de mĂȘme la fin des rĂ©crĂ©ations et nous enjoignait de nous mettre en rangs par deux pour avancer, au signal et en silence, vers la porte de notre classe. A la saison froide ou par temps de pluie, on avait auparavant accrochĂ© aux porte-manteaux alignĂ©s aux murs du prĂ©au et Ă©tiquetĂ©s au nom de chacun, qui son "capuchon", un manteau sans manche muni en effet d'une capuche, qui son "caoutchouc" comme on nommait un impermĂ©able effectivement recouvert de gomme bleue brillante. Bien entendu, pour entrer en classe, chacun quittait son "bĂ©ret basque", qui n'avait de basque que le nom, Ă©tant bien plus petit que le couvre-chef des riverains de l'Adour, mais coiffure quasi-universelle des garçons d'alors, que l'on suspendait ensuite au coin de son banc. Comme on m'apprenait, Ă  la maison comme Ă  l'Ă©cole, que les enfants doivent ĂȘtre polis avec les "grandes personnes", je soulevais mon bĂ©ret presque chaque fois que je croisais un adulte. La raie que ma grand-mĂšre m'avait soigneusement dessinĂ©e sur le cĂŽtĂ© gauche du crĂąne ne rĂ©sistait pas Ă  ces saluts rĂ©pĂ©tĂ©s ; j'avais donc presque toujours les cheveux qui me retombaient devant des yeux dĂ©jĂ  pas trĂšs clairvoyants. Or la mode n'Ă©tait pas Ă  la coupe en brosse, et le devint encore moins lorsque les soldats allemands, coiffĂ©s trĂšs courts, occupĂšrent le village. Vers mes huit ans, je fus dotĂ© d'une barrette destinĂ©e Ă  contenir la mĂšche rebelle ; bien entendu des camarades me traitĂšrent de fille et je m'en plaignis.

    Chacune des deux Ă©coles comptait alors trois classes, "petite", "moyenne" et "grande", elles-mĂȘmes partagĂ©es en "divisions". La petite et la moyenne classes occupaient deux salles ouvrant sur le prĂ©au ; pour accĂ©der Ă  la grande classe, il fallait le traverser, passer par une courette donnant sur la route de Gilly, oĂč Ă©tait le bĂ»cher ; les plus grands allaient y chercher la rĂ©serve de bois dont on alimentait le poĂȘle trĂŽnant au milieu de chaque salle de classe et prolongĂ© de longs tuyaux qui assuraient, la saison venue, un chauffage satisfaisant. Les filles de la grande classe faisaient un chemin symĂ©trique, mais sans qu'on les voie, car la courette Ă©tait partagĂ©e par un haut mur joignant les Ă©coles Ă  la cantine, commune mais elle aussi partagĂ©e en deux piĂšces. Qu'on ne s'imagine pas un restaurant scolaire : les salles Ă©taient meublĂ©es de tables et de bancs, oĂč chacun des Ă©lĂšves qui demeuraient trop loin pour rentrer chez eux Ă  la mi-journĂ©e prenait le repas qu'il avait apportĂ© le matin dans son panier. En effet trĂšs rares Ă©taient les enfants qui venaient en classe Ă  bicyclette ; certains, de qui les parents tenaient des fermes Ă©loignĂ©es, parcouraient matin et soir, sabots aux pieds, par des chemins qu'on ne devait goudronner que bien plus tard, trois ou quatre bons kilomĂštres. La mĂšre Porterat, la cantiniĂšre, qui Ă©tait aussi chargĂ©e du mĂ©nage des classes et de l'allumage des poĂȘles, faisait rĂ©chauffer sur une cuisiniĂšre le "quadrain" qui contenait le mets principal. Ce quadrain, que l'on utilisait aussi pour emporter la soupe aux champs quand on ne revenait pas la manger Ă  la ferme et qui servait parfois de pot Ă  lait, Ă©tait un rĂ©cipient mĂ©tallique cylindrique fermĂ© d'un couvercle et muni d'une anse, dont la contenance Ă©tait, malgrĂ© son nom, gĂ©nĂ©ralement supĂ©rieure Ă  un quart de litre.

    Les vacances d'Ă©tĂ©, instituĂ©es non pas - comme on le croit communĂ©ment - pour le repos des Ă©lĂšves ou des enseignants, mais pour les besoins de l'agriculture (les enfants constituant une main d'Ɠuvre d'appoint au moment des plus gros travaux, fenaison, moisson, battages et vendanges) duraient du 14 juillet au 1er octobre. Les classes vaquaient aussi de la veille de NoĂ«l au 2 ou 3 janvier et pendant la "semaine sainte" qui prĂ©cĂšde PĂąques ; de ce fait, si le premier trimestre avait une durĂ©e fixe, celle des deux autres variait chaque annĂ©e au grĂ© du comput ecclĂ©siastique [...] la pause du jeudi, dĂ©placĂ©e plus tard au mercredi, avait Ă©tĂ© instaurĂ©e, en thĂ©orie du moins, pour que les enfants des Ă©coles publiques pussent recevoir, si leurs parents le souhaitaient, une instruction religieuse en-dehors du temps scolaire. C'Ă©tait la concession qu'avaient dĂ» faire Ă  la puissante et hostile Église catholique les fondateurs de l'Ă©cole laĂŻque, dont bon nombre Ă©taient protestants et davantage encore francs-maçons. [...] Le jeudi reprĂ©sentait surtout une pause bienvenue dans une semaine trĂšs studieusement occupĂ©e.

    Le maĂźtre de la "petite classe" Ă©tait Monsieur Dubos, un homme jeune, court et trapu, peu aimĂ© car il Ă©tait sĂ©vĂšre, parlait de tout abondamment et fort, et, de surcroĂźt, affichait des opinions communistes. Nous Ă©tions dotĂ©s d'un livret de lecture et d'Ă©criture Ă  mĂ©thode rigoureusement syllabique : il me souvient que les premiers personnages en Ă©taient Lili et Toto bientĂŽt rejoints par la vache Mumu. En revanche je n'ai pas mĂ©moire du dĂ©roulement de nos journĂ©es de classe ; je sais seulement que le soir j'avais page de lecture Ă  revoir, modĂšles d'Ă©criture Ă  recopier longuement et petites additions Ă  rĂ©soudre. Je rĂ©ussissais assez bien au cours prĂ©paratoire pour que le maĂźtre me confiĂąt le soin de faire reprendre leurs lettres Ă  quelques-uns de mes camarades plus lents, et j'usais mĂȘme de l'autorisation qu'il m'avait donnĂ©e d'utiliser la baguette sur la tĂȘte de ce pauvre Charles Goursault, pourtant amblyope et qui apprenait d'autant moins qu'il ne voyait pas grand-chose. Il ne m'en a jamais voulu, mais j'ai encore honte aujourd'hui de ce sadisme infantile.

    A la rentrĂ©e de 1938, l'Ă©cole avait Ă©tĂ© dĂ©sorganisĂ©e quelques jours par la mobilisation d'un million de rĂ©servistes consĂ©cutive Ă  la crise des SudĂštes qui se conclut par le honteux accord de Munich oĂč France et Angleterre, pour complaire Ă  Hitler et Ă©viter - croyait-on - la guerre, reniĂšrent les accords qui garantissaient l'intĂ©gritĂ© de la TchĂ©coslovaquie. C’est Ă  cette occasion, je crois, que mon pĂšre Ă©tait venu Ă  vĂ©lo de Lyon, oĂč il travaillait Ă  la construction de nouveaux hangars Ă  l’aĂ©roport de Bron, pour rejoindre ensuite son unitĂ© par le train. Les accords signĂ©s, les mobilisĂ©s regagnĂšrent leurs foyers. Un an plus tard, l’Allemagne envahissait la Pologne, la France entrait en guerre et les trois instituteurs de l'Ă©cole de garçons, y compris Dubos, qui avait jurĂ© de dĂ©serter, et le directeur Monsieur Marion, largement quadragĂ©naire, Ă©taient mobilisĂ©s. La directrice de l'Ă©cole de filles, Madame Girard, fut chargĂ©e de la direction des deux Ă©coles et pendant quelques semaines, ce furent deux "grandes" de treize ans, "la" Georgette Chabin - "la Noute" - et "la" Luce Pottier qui furent provisoirement chargĂ©es de nous faire classe. Je savais dĂ©jĂ  bien lire et je me plongeais dans les numĂ©ros du magazine « Match Â» que quelqu’un de plus fortunĂ© nous donnait aprĂšs les avoir lus. Je revois encore la photographie, en noir et blanc bien sĂ»r, montrant des skieuses fusils au dos ; elle illustrait un article qui exaltait le courage des "lottas" finlandaises se battant, pendant l’hiver 1939-1940, contre l’armĂ©e soviĂ©tique. J'ai souvenir qu'un jour Madame Girard m’avait fait venir dans sa classe pour m’interroger sur les capitales de quelques pays europĂ©ens et des sujets d’actualitĂ©, entre autres la filiation de la famille royale britannique, me proposer Ă  l’admiration de ses grandes Ă©lĂšves et faire honte Ă  celles qui en savaient moins que moi. Je passai dans la petite division de la classe des moyens, au cours Ă©lĂ©mentaire premiĂšre annĂ©e.

    Elle fut confiĂ©e Ă  une toute jeune maĂźtresse rĂ©fugiĂ©e de Moselle, Mademoiselle Vervins, petite blonde d'une grande gentillesse au doux sourire et aux yeux bleus que j'ai revue prĂšs de quarante ans plus tard Ă  Vichy, oĂč elle venait d'achever sa carriĂšre, mais ayant conservĂ© les mĂȘmes yeux et le mĂȘme sourire [...] Le seul souvenir net que je garde de cette annĂ©e scolaire, c’est qu’elle me montra sur une carte routiĂšre de sa rĂ©gion la localitĂ© de Courcelles-sur-Nied que mon pĂšre, mobilisĂ© au 236Ăšme rĂ©giment d'artillerie, avait, en violation du rĂšglement, mentionnĂ©e dans une lettre comme Ă©tant son cantonnement. Car la guerre Ă©tait bien lĂ .

    Ce fut d'abord ce qu'on a appelĂ© "la drĂŽle de guerre", de septembre 1939 Ă  mai 1940. Certains stratĂšges ont par la suite regrettĂ© qu'on n'eĂ»t pas lancĂ© une attaque immĂ©diate pendant qu'une partie de l'armĂ©e allemande Ă©tait occupĂ©e Ă  massacrer les malheureux Polonais, que l'Union SoviĂ©tique avait attaquĂ©s de son cĂŽtĂ©, peut-ĂȘtre pour mĂ©nager un glacis entre l'armĂ©e allemande et sa propre frontiĂšre, mais aussi sans doute avec l'intention de rĂ©occuper des territoires qui avaient longtemps Ă©tĂ© annexĂ©s par la Russie. Mais l’État-major français dĂ©cida d'attendre, Ă  l'abri de la "ligne Maginot" - du nom d'un sergent, ancien combattant de 1914-18, devenu Ministre de la Guerre -, un ensemble de positions enterrĂ©es et fortifiĂ©es qu'on avait Ă©difiĂ©es en Alsace et en Lorraine, tout le long de la frontiĂšre franco-allemande, mais non le long de la frontiĂšre belge ; agir autrement eĂ»t Ă©tĂ© inamical Ă  l'Ă©gard d'un pays alliĂ© [
] et eĂ»t coĂ»tĂ© fort cher. Les Allemands s'Ă©taient pareillement protĂ©gĂ©s en construisant de l'autre cĂŽtĂ© du Rhin "la ligne Siegfried". Sur le moment cet attentisme Ă©tait apprĂ©ciĂ©, comme un gage de relative sĂ©curitĂ©, aussi bien par les soldats prĂ©sents au front que par leurs familles Ă  l'arriĂšre.

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    Lectures d’Ă©té  pendant la pandĂ©mie !

    par Marcel Col

    Qui ne connaĂźt pas Arthur Rimbaud ? Tout le monde a lu « Le Bateau Ivre » ou « Le Dormeur de Val », « Voyelles » ou « Le bal des pendus » 
 Ă  l'Ă©cole ou entre amis !

    Au mois de janvier 2021, l'Ă©crivain Jean-Michel Djian avait offert Ă  son ami et comĂ©dien Jean-Pierre Darroussin un « Rimbaud en feu » (1) plein de fureur et de dĂ©sespoir comme l'Ă©tait l'auteur lui-mĂȘme et dont l'Ɠuvre composĂ©e Ă  16 ans marque la fin et l'origine de notre poĂ©sie contemporaine...

    « On n'est pas sĂ©rieux quand on a dix-sept ans Â» ...

    De son cĂŽtĂ©, par ces mois de canicule – Ă  moins que ce soit d'Ă©tĂ© pourri ! - Sylvain Tesson nous a proposĂ© « Un Ă©tĂ© avec Rimbaud » (2) On en a beaucoup parlĂ© pendant l'Ă©tĂ© mais un petit rappel nous a semblĂ© nĂ©cessaire et pas forcĂ©ment dĂ©sagrĂ©able.

    Sylvain Tesson est un voyageur. Un auteur aussi, qui a Ă©crit en 2018 « Un Ă©tĂ© avec HomĂšre » 
 HomĂšre ... Tiens donc ! 
 Il Ă©crit aussi « La panthĂšre des neiges », remarquable petit roman, qui a reçu le Prix Renaudot en 2019 et rĂ©cemment Ă©tĂ© rĂ©Ă©ditĂ© en poche. (3)

    « Un Ă©tĂ© avec Rimbaud » commence par un rĂ©cit mĂ©moriel : celui du voyage Ă  pied accompli par Arthur Rimbaud en octobre 1870. Profitant d'un rĂ©pit dans le confinement, en janvier 2021, Tesson est parti lui aussi vers le Nord en compagnie d’Olivier FrĂ©bourg, pour suivre l'itinĂ©raire du poĂšte en fugue 
 « Rimbaud Ă©tait allĂ© en train Ă  Fumay, puis il Ă©tait passĂ© par Givet, avait franchi la frontiĂšre discrĂštement, s'Ă©tait arrĂȘtĂ© Ă  Charleroi et avait marchĂ© vers Bruxelles ... » explique-t-il au dĂ©but du livre.

    Lire Rimbaud est en effet une longue marche qui nous mùne depuis son Ardenne natale jusqu'au Harar là-bas en Afrique 


    « J'espĂ©rais des bains de soleil, des promenades infinies, des voyages, des aventures, des bohĂ©mienneries enfin Â»

    Le livre s'organise ensuite en trois grandes parties correspondant aux trois pĂ©riodes de la vie du poĂšte. C'est d'abord « Le Chant de l'aurore Â» oĂč l'on montre la « prĂ©cocitĂ© monstrueuse Â» de celui qui Ă  16 ans Ă©crit au poĂšte Moulinois ThĂ©odore de Banville : « Je ne sais pas ce que j'ai lĂ  
 qui veut monter ... Â»

    « Devenir Faust Â» 
 « AllĂ©geance au rĂ©el Â» 
 « Le musĂ©e imaginaire Â» 
 et puis « Les illuminations Â» et « Le saccage de soi-mĂȘme Â» 
 sont quelques-uns des sous-titres qui Ă©maillent la deuxiĂšme partie du livre que Tesson intitule « Le chant du verbe Â». On y lit l'ascension folle du poĂšte qui se dĂ©place sans rĂ©pit, changeant de point de vue. Son projet dit l'auteur : transformer le monde par les mots

    Et puis c'est fini. Le poĂšte se tait, s'en va , « Loin de chez nous, en Afrique â€Š » , puis revient pour mourir Ă  Marseille aprĂšs avoir Ă©crit Ă  sa sƓur Isabelle : « Si stupide que soit son existence, l'homme s'y rattache toujours Â»

    Il faut lire le petit essai de ce grand voyageur. Il faut aussi et surtout lire et relire Rimbaud.

    (1) : Actes-Sud Papiers
    (2) : Équateurs – France-Inter
    (3) : Folio n°6968


    Coronavirus (Tragédie Antique) V

    NĂ©ron – Cassanus

    NĂ©ron

    Te voilĂ  Cassanus ! Quelles sont les nouvelles ?

    Cassanus

    Si le soleil brillait, la journée serait belle

    NĂ©ron

    Non sol lucet omnibus !

    Cassanus              Je venais te parler

    de ces fameux pĂ©plums. Ils se sont envolĂ©s !

    NĂ©ron

    Comment ça envolĂ©s ? Par un tour de magie ?

    Cassanus

    A ta derniÚre orgie !

    Néron                   à ma derniÚre orgie ?

    Cassanus

    Tu t'étais déguisé, comme chacun de nous

    Tu avais un long bec

    Néron                  emmanché d'un long cou !

    Cassanus

    Et tu boudas, NĂ©ron, Carpediem et Hortanche

    Rien ne te convenait, ni menu, ni boutanche,

    tu attendais toujours le meilleur de la foire

    et quand tu as eu faim, il restait qu'une poire !

    NĂ©ron

    Pourtant le vieux SĂ©nĂšque me l'avait enseignĂ© :

    On hasarde de perdre en voulant trop gagner

    Cassanus

    Et tous les invitĂ©s Ă  la fin de la fĂȘte

    se sont retrouvés nus. La nuit étant frisquette

    chacun de tes convives s'est couvert de péplums

    pour revenir chez lui

    Néron                   mais y'en avait des tonnes !

    des caisses entiĂšres ! Il en reste bien un  peu ?

    Cassanus

    Pour qu'on te voie chanter, tu y as mis le feu !

    NĂ©ron

    Ah oui je me souviens, la belle nuit de Rome !

    Néron dans la lumiÚre !... on prendra des velums !

    NĂ©ron – Diafoirus (ils entrent ensemble)

    NĂ©ron

    Pressons-nous Diafoirus, je n'ai pas bien dormi.

    J'ai rĂȘvĂ© Ă  mes lions, ils souffraient d'anĂ©mie

    et la nuit résonnait de leurs rugissements...

    Diafoirus

    Ce n'Ă©taient pas vos lions, c'Ă©taient les lavements.

    NĂ©ron

    C'Ă©taient les lavements ? Que dis-tu Diafoirus ?

    Diafoirus

    Commençons par le début, Néron. Ce virus,

    un village gaulois peut en ĂȘtre la cause

    avec les sangliers qu'on mange aux festoĂč-noz

    le sanglier gaulois est un danger en soies

    que l'on a cÎtoyé au siÚge d'Alésia.

    NĂ©ron

    Ces Gaulois bien chez eux, c'est grĂące Ă  nous vraiment

    qui leur avons appris tout du confinement.

    Diafoirus

    Mais il y a sans doute d'autres feux de départ

    Le Covid serait sur les navires du tsar

    Donc il faut dans les ports se garder du virus

    en n'ayant pas affaire encore aux navires russes.

    NĂ©ron

    Diafoirus, mĂȘme nos vaches sont inquiĂštes :

    à cause des pis démis elles n'auront pas de traite.

    Diafoirus

    La corne aura virus ! Ce qui confirme bien

    qu'entre l'homme et la bĂȘte un sacrĂ© lien nous tient

    on espérait d'ailleurs avec leur colostrum

    tenir la panacée qui pourrait sauver Rome.

    Mais retrouvons la nuit oĂč vous dormĂźtes mal.

    On faisait des essais de thérapie anale

    sur de jeunes esclaves et de vieux condamnés

    pour vaincre par le cul ce qui nous pend au nez !

    Pendant que le virus attaque par la face

    on le prend Ă  revers en passant par les fesses.

    NĂ©ron

    Comment cela se fait-ce ? par les fesses ? Mais comment ?

    Diafoirus

    On le prend Ă  revers avec un lavement

    on détruit un foyer qu'on appelle un cluster

    avec un lavement qu'administre un clystĂšre !...

    On ne sait pas encore quel produit injecter...                                                                                                                    

    NĂ©ron

    Mais, mais ce n'est pas le cul qui est infectĂ© !

    Diafoirus

    Ce qu'on injectera par cette voie anale

    remontera la pente jusqu'Ă  nos amygdales

    et, tel César à Alésia, fera le siÚge

    du virus gaulois qui sera pris au piĂšge.

    NĂ©ron

    Tu as l'arc peut-ĂȘtre, mais tu n'as pas la flĂšche

    Que vas-tu y mettre, dans ta seringue ? De l'eau fraĂźche ?

    Diafoirus

    Certainement pas du froid. Mais du chaud au contraire

    Il n'y a pas de sangliers dans le désert,

    c'est trop chaud ! Donc on met du chaud, du brĂ»lant mĂȘme

    c'est la seule façon de régler le problÚme.

    Il nous faut un produit Ă  la chaleur d'Ă©tuve

    l'idéal serait la lave du Vésuve

    mais le temps d'arriver

    Néron                                                 ce serait déjà froid

    Mais alors cette nuit, ces hurlements d'effroi

    qu'aviez-vous mis, toi et ta clique, dans les seringues

    pour faire retentir Rome de ces clameurs de dingues ?

    Diafoirus

    D'abord précisons bien que les hommes choisis

    n'ont vu dans ces essais aucune poésie.

    Ils auraient pu se voir, en nous prĂȘtant leur derche

    les héros de demain, héros de la Recherche.

    Hélas il n'y a plus de solidarité

    Le pauvre ne veut plus sauver l'humanité.

    Il n'y a plus ni courage, ni amour surtout...

    Qu'avions-nous mis dans nos seringues ? Un peu de tout

    de l'acide et du chlore, puis de l'huile bouillante

    et c'est là qu'ils ont joué aux sirÚnes hurlantes...

    Dans quelques jours on publiera les résultats.

    Ce matin nos cobayes ils ne se plaignent pas

    ils sont un peu rigides, ils sont un  peu livides

    mais je les crois guéris à jamais du Covid.

    Si seulement on avait une sorte de cuve

    pour garder, prisonniĂšre, la lave du VĂ©suve !

    NĂ©ron

    Nous n'avons pas encore cette cuve isotherme

    mais ne peux-tu, ta lave, la rĂ©chauffer aux thermes ?

    Daifoirus

    Jamais, jamais la chaĂźne du chaud ne s'interrompt !

    Néron (qui a comprit « c'est tes ronds »)

    Oui, ce sont mes ronds ! Ce sont les ronds de NĂ©ron !

    N'y a-t-il pas un moyen plus Ă©conomique

    pour tuer ce virus ? Peut-ĂȘtre un antibiotique ?

    Je dois voir Agrippine au sujet des Finances,

    voir comment regagner tout l'argent... Mais j'y pense !

    As-tu vu Agrippine, as-tu eu ce bonheur ?

    Diafoirus

    Pas depuis le conseil d'aller vous voir ailleurs...

    NĂ©ron

    Je crains bien, Diafoirus, qu'elle soit contaminée.

    Diafoirus

    Ça vous permet, NĂ©ron, d'apprendre Ă  gouverner

    car souvent dans la ville les Romains s'interrogent

    pour savoir de vous deux qui porte enfin la toge !

    NĂ©ron

    Saint-Martin n'a-t-il pas partagĂ© son manteau ?

    On gouverne tous deux. Moi tout seul, bientĂŽt !

    On parlait d'Agrippine, alors revenons-y

    Il y a plusieurs jours qu'elle ne paraĂźt ici

    J'ai le pressentiment qu'il lui faudrait ton aide

    et qu'elle attend peut-ĂȘtre ton prometteur remĂšde.

    Diafoirus

    Mon prometteur remĂšde n'est pas encore au point

    Elle me demandera quand elle aura besoin.


    L’encadrĂ© des lecteurs bĂ©nĂ©voles de Lire et faire lire

    Dans le cadre (!) des rencontres dĂ©partementales de Lire et faire lire, il a Ă©tĂ© proposĂ© aux lecteurs qui le souhaitaient de prendre la pose afin de prĂ©senter l’album jeunesse qu’ils aimaient particuliĂšrement partager avec leur jeune auditoire.

    Avec les remerciements de Fotografix.

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    L’Ă©tymologie maltraitĂ©e

    par Alain Bandiéra

    Nous avons suffisamment, dans notre journal, cĂ©lĂ©brĂ© les combats des femmes Ă  travers l'histoire, nous nous sommes suffisamment rĂ©jouis des conquĂȘtes qu'elles ont rĂ©alisĂ©es contre tous les pouvoirs qui les ont opprimĂ©es, pour ne pas ĂȘtre taxĂ©s, Ă  cause de cet article, d'intolĂ©rance, d'injustice, pour tout dire de misogynie.

    Bravo à Simone Veil, bravo à Louise Michel, bravo à Joséphine Baker dont la panthéonisation récente est la plus belle réponse, le plus beau démenti, au racisme, à la xénophobie, à l'humiliation sexuelle dont souffrent les femmes en général, et les femmes de couleur en particulier.

    Bravo aussi à toutes les femmes qui aujourd'hui, journalistes, écrivain(e)s, femmes politiques, se battent au risque de leur vie et de leur liberté contre les tyrannies de tous ordre et les tabous des religions qui les condamnent à des rÎles subalternes, au silence, à la soumission.

    Le respect des hommes et des femmes dont nous nous rĂ©clamons est constitutif aussi de la laĂŻcitĂ©, qui est notre flambeau. C'est pourquoi nous approuvons tous les choix intimes assumĂ©s par les individus qui assument leur diffĂ©rence, en particulier dans le domaine de l'identitĂ© sexuelle. A cet Ă©gard, les participants Ă  « la manif pour tous Â», leurs slogans assassins, les relents de pĂ©tainisme glorifiant la famille, appartiennent, Ă  nos yeux, aux nouveaux barbares de notre temps ; ils participent Ă  ces « invasions barbares Â» dont Denis Arcan a fait un film si bouleversant.

    Cependant, il nous semble que les initiatives linguistiques qui veulent accompagner ces libertés nouvelles, et ces récentes émancipations, par une syntaxe appropriée, ces initiatives manquent singuliÚrement de pertinence, et... de sérieux.

    Qu'on inscrive dans le vocabulaire français le terme d'Ă©crivaine, Ă  la place du terme masculin, l'innovation est tout Ă  fait acceptable puisqu'on a de nombreux cas similaires : la chĂątelaine, les pays lointains et les terres lointaines... Que faire cependant d'une demi-mondaine quand il existe aussi des 
 demi-mondains ?

    Car cette Ă©criture inclusive, dĂ©fendue par des fĂ©ministes plutĂŽt forcenĂ©es, voir par des linguistes Ă©minents, aboutit Ă  des absurditĂ©s, en particulier sur le plan de l'euphonie que la langue protĂšge soigneusement. Allons-nous consulter notre mĂ©decine ? Et faut-il enlever le « e Â» de spĂ©cialiste, quand le praticien est un homme ? Le « e Â» de ministre, le e de juge ? les exemples sont innombrables, et si l'existence d'une boulangĂšre n'a rien Ă  envier au boulanger, que dire alors d 'une sapeuse-pompiĂšre, ou d'une chauffeuse de poids lourds ?

    Il y a, dans la volontĂ© d'Ă©tablir une Ă©criture inclusive, quelque chose qui va Ă  l'encontre de l'universalitĂ©. Il ne viendrait Ă  l'esprit de personne d'affirmer que la femme est une ĂȘtresse humaine qui mĂ©rite, Ă  ce titre, le respect ; et lorsqu'on affirme que « la femme est un homme comme les autres Â», on dĂ©passe, sur le mode discret de la boutade, le critĂšre de l'identitĂ© sexuelle pour adopter celui dune appartenance universelle. C'est ainsi que ces pratiques langagiĂšres risquent d’instaurer de nouveaux communautarismes, d'engendrer de nouvelles discriminations (mĂȘme si elles se veulent positives), et de mettre en lumiĂšre ce qu'elles veulent combattre.

    Mais c'est la langue elle-mĂȘme que l'on maltraite par ces pratiques nouvelles qui relĂšvent d'un vĂ©ritable terrorisme. Dans la langue latine, dont est issue notre langue française, la lettre finale « O Â» marquait le masculin : Homo, et la lettre finale « A Â» marquait le fĂ©minin : FĂ©mina. Cette particularitĂ© subsiste intĂ©gralement dans l'italien avec les mots uomo et dona. Il se trouve que dans l'Ă©volution du français vers le latin, les lettres finales se sont affaiblies, et le « o Â» comme le « a Â» sont devenues « e Â» et ont donnĂ© des mots masculins et fĂ©minins indiffĂ©remment terminĂ©s par un « e Â». Le « e Â» final peut aussi ĂȘtre un appui qui permet la prononciation d'une double consonne, et le « populo Â» italien est devenu le « peuple Â» français. Quant au suffixe « eur Â» auquel les inclusifs veulent absolument ajouter un « e Â» (aprĂšs tout une auteure, une professeure...) il faut savoir que le suffixe latin « ora Â» qui en est l'origine Ă©tait dĂ©jĂ  un fĂ©minin ; d'oĂč la fameuse rĂšgle des noms fĂ©minins en « eur Â» qui ne prennent pas de « e Â» ; ajouter un « e Â» Ă  des mots masculins en « eur Â» pour les fĂ©miniser constitue donc une surcharge Ă©tymologique. En bref, le e qui termine un mot français n'est pas la marque obligatoire du fĂ©minin, sa manipulation inclusive est complĂštement artificielle.

    Cerise sur le gĂąteau : l'Ă©mergence du nouveau pronom personnel « iel Â» ; je ne sais pas oĂč ses partisans en ont trouvĂ© l'origine mais l'argumentation qui soutient ce nĂ©ologisme est parfaitement insensĂ©e sur le plan linguistique. « iel Â» n'est absolument pas identique au « they Â» anglais, il ne remplit pas un vide pronominal. Il serait tout aussi simple de laisser Ă  la personne concernĂ©e le choix du pronom qui la dĂ©signe : il pour les transgenres masculins, elle pour les transgenres fĂ©minins ; favoriser l'intĂ©gration de toutes les situations non conformes, ou ambiguĂ«s ne suppose pas qu'on leur attribue un pronom personnel appropriĂ© ; on cĂšde alors Ă  la tentation arbitraire d'installer une rĂ©volution imbĂ©cile qui va couvrir de ridicule ceux Ă  qui on souhaite rendre une dignitĂ© sociale ; il est regrettable qu'on mette un outil si insensĂ© au service d'un dessein si gĂ©nĂ©reux.