Auvergne laïque, dernière édition / FORUM

Face aux intégrismes

par Alain Vernhes

Tous les intégrismes (musulman, israélite, catholique, protestant, bouddhiste…) sont porteurs et vecteurs d’obscurantisme. L’intolérance et souvent la violence qui les animent altèrent forcément le nécessaire débat voire l’utile controverse culturelle et politique. L’attitude des institutions, associations, et autres collectifs qui privilégie la bienveillance, la résilience a inéluctablement diminué la nécessité de l’explication et de l’éducation citoyenne et civique.

A la suite du discours de Monsieur Le Président de La République, je vais essayer d’apporter ma pierre à l’édifice ! Les excès en tout genre, les provocations mettent en danger l’intégrité de La République. Ainsi pourrions-nous évoquer les « anti- viande » qui cassent les boucheries, les anti-élevages qui prétendent que les vaches polluent plus que les avions et les bateaux de croisière… et bien d’autres… Pour revenir au thème essentiel qui faisait l’objet de l’intervention présidentielle, je ne crois pas qu’il faille parler de « séparatisme » mais plutôt des intégrismes religieux qui se nourrissent mutuellement et qui alimentent les thèses d’extrême droite.

La volonté de prendre en compte, de ne pas choquer les uns ou les autres ouvrent le champ libre aux intégrismes et favorisent l’amalgame nocif. L’emploi systématique du terme « communauté » galvaude et altère le tissu républicain. Ce mot est synonyme d’étroitesse, de particularisme d’obscurantisme contraire à l’esprit des lumières à la démocratie à la laïcité.

Je vais prendre quelques exemples pour étayer mon propos : les hommes et femmes politiques, les médias ne cessent d’employer le terme « communauté ».

  • La communauté internationale : c’est un leurre qui rend bien service à ceux qui veulent évacuer les problématiques posées… tous les pays sont en concurrence, la conduite de cette dernière à son paroxysme a conduit à de douloureux et nombreux conflits armés (cf les différentes guerres). Seuls les échanges et les négociations peuvent préserver la paix.
  • La communauté musulmane : est un raccourci qui tend à faire croire que tous les musulmans sont arabes, maghrébins et vice versa.
  • La communauté juive : idem, tous les citoyens d’origine juive ne sont pas forcément croyants, et pratiquants ; il en va de même pour la communauté catholique…
  • La communauté nationale : la nation se compose de citoyens aux croyances multiples. Dans la sphère publique, chacun, français ou pas, contribue à la richesse et la diversité du pays, qu’il soit croyant, athée ou agnostique. Le cultuel et la croyance s’inscrivent dans la sphère privée.
  • La loi du 9 décembre 1905 précise à l’article 1 : La République assure la liberté de conscience ; l’article 2 précise que La République ne reconnait ni ne salarie ni ne subventionne aucun culte.

Ce terme restrictif, est contraire à la Laïcité, il nourrit l’intolérance. La recherche véritable du retour à l’équilibre passe obligatoirement par la lutte efficace contre l’échec scolaire et la ségrégation sociale, pour le rééquilibrage fiscal et le plein emploi. Toutes les difficultés et les souffrances générées par les crises économiques, sociales et sanitaires ne peuvent qu’être le terreau favorable à l’abandon des valeurs de la République.

L’école est à coup sûr le moyen le plus efficace pour lutter contre ces dérives néfastes et dangereuses ; encore faut-il qu’elle soit présente sur l’ensemble du territoire national… Aujourd’hui l’école est-elle encore un « ascenseur social » ? La question mérite d’être posée.

L’école laïque publique et républicaine est un enjeu depuis fort longtemps, elle a été combattue par tous les réactionnaires, et extrémistes de tous poils. Elle doit être le bras actif de l’Etat garant de l’équité républicaine sur l’ensemble du pays.

Evoquer tous les combats et les adversaires qu’elle a dû affronter serait fastidieux, il est cependant intéressant de noter que même François Guizot, a dû lutter contre l’influence des jésuites qui visaient une hégémonie scolaire en 1833 ! Le plan Langevin-Wallon élaboré dans le cadre du programme du Conseil National de la Résistance n’a jamais été appliqué. Les différentes lois promulguées et mis en place depuis 1959 ont contribué à affaiblir l’école Laïque et publique (Debré, Marie, Barangé, Guermeur, Carle) et par voie de conséquence favoriser  l’enseignement privé confessionnel et patronal, le tout accentué par l’échec du grand service public de l’éducation recalée par le Président Mitterrand en 1984.

Par ailleurs, les incohérences et les inégalités de « la carte scolaire », favorisent les « passe – droits » la publication des résultats aux examens, plaçant de facto les établissements en concurrence confortent les décalages dans lesquels est embourbée l’école laïque publique et républicaine.

L’ampleur du travail qui reste à accomplir demeure une tâche tout à fait d’actualité et pleine d’embuches qu’il faudra surmonter en clarifiant le débat et les enjeux