Auvergne laïque, dernière édition / LOISIRS

Rosa Parks : « Mon histoire » (extraits)

par Marcel COL

Le mercredi 10 mars prochain dans la salle des « Abattoirs » à Riom, l'ATR aurait dû présenter comme chaque année une lecture célébrant « La Journée Internationale pour les Droits des Femmes ».

L'auteure choisie cette année était une américaine noire, Rosa Parks qui refusa de céder sa place à un voyageur blanc jugé prioritaire.

Nous publions ci-dessous quelques extraits du témoignage de cette femme courageuse paru en traduction en 2018 aux Editions Libertalia :

« Un soir, début décembre 1955, j'étais assise à une place située sur la première rangée de la section pour les gens de couleur d'un bus de Montgomery, Alabama. Les blancs eux étaient assis dans la partie avant du bus qui leur était réservée.

D'autres blancs montèrent à bord et la section blanche se retrouva sans aucune place assise.

Quand une telle situation se présentait, nous autres, les Noirs, étions censés laisser notre place aux Blancs.

Mais ce jour-là je n'ai pas bougé.

Le conducteur qui était blanc m'a lancé : « Libère-moi donc ces premières rangées de sièges ! »

Je n'ai pas bougé, je ne me suis pas levée. J'en avais assez de céder devant les Blancs...

Pendant la moitié de ma vie j'ai vu s'appliquer des lois et des usages qui séparaient les Africains Américains des Blancs dans le sud de ce pays. Des lois et des usages qui autorisaient les Blancs à traiter les Noirs sans aucun respect. Je n'ai jamais pensé que c'était juste et dès ma plus tendre enfance j'ai tenté de m'opposer à ce manque de respect. Je devais avoir une dizaine d'années quand je fis la connaissance sur le chemin de l'école d'un petit garçon blanc nommé Franklin. Il faisait à peu près la même taille que moi … Il m'a adressé la parole et m'a menacée de me frapper – il serrait son poing comme s'il allait m'en coller une – Alors j'ai ramassé une brique en lui déclarant qu'il pouvait tenter de taper à ses risques. Il s'est ravisé et il a continué son chemin...

Plus tard je fus inscrite à la Montgomery Industrial School … En général nous allions à l'école à pied. Nous ne prenions le tramway que lorsque le temps était mauvais. Il n'y avait pas encore de bus publics à Montgoméry et les trams appliquaient la ségrégation. Quand nous autres Noirs les empruntions, nous devions prendre place tout au fond des voitures.

Je dus également m'habituer à d'autres aspects de la ségrégation en vivant à Montgomery ; les fontaines publiques de la ville portaient des écriteaux indiquant White et Colored. Comme des millions d'enfants noirs avant et après moi je me suis demandé si l'eau white avait un goût différent de celle colored et si elles avaient toutes les deux la même couleur ? … Il m'a fallu un certain pour comprendre qu'il n'y avait pas de différence, qu'elles avaient le même goût et la même couleur. La seule différence était de savoir qui s'abreuvait à l'une ou à l'autre de ces fontaines ...

 En 1955, le pasteur Luther King s'écria dans un discours : « Voici venu le temps de dire que nous n'en pouvons plus, que nous sommes fatigués. Nous sommes réunis ce soir pour dire à ceux qui nous malmènent que nous sommes fatigués – fatigués de la ségrégation, des humiliations, fatigués d'être battus par la main brutale de l'oppression ... »

(Comme on le sait Martin Luther King fut assassiné le 4 avril 1968)

En 1963 à l'occasion de la grande marche de Washington pour obtenir des lois fédérales sur l'égalité des droits. Les femmes n'étaient pas autorisées à jouer un grand rôle dans cette manifestation.

Il n'y avait pas d'intervenantes féminines à la tribune, là où le docteur King prononça son fameux discours « I have a Dream »,

Lors des prises de paroles il y eut cependant un hommage aux femmes pendant lequel un des organisateurs cita des noms de femmes qui avaient pris part au combat. J'étais l'une d’elles. On cita également Joséphine Baker la belle chanteuse et danseuse qui avait passé la plus grande partie de sa vie en Europe. Marian Anderson chanta « Il a le monde entre ses mains » et Mahalia Jackson chanta « J'ai été réprimée et j'ai été méprisée ».

Mais si ma mémoire est bonne celles qui ne chantaient pas n'ont pas eu leur mot à dire ce jour-là. Sauf Lena Horne qui lorsqu'elle fut présentée se leva pour crier bien fort « Liberté ». (New-York - 1998)

NB : Aujourd'hui une station de métro parisienne (RER - Ligne E) porte le nom de "Rosa Parks"