Auvergne laïque, dernière édition / DDEN

Un amendement édifiant


Anne-Marie Doly, pour l'UD des DDEN 63

Il y a des informations que l’on ne peut pas passer sous silence, surtout lorsqu’elles parlent des pourfendeurs de la laïcité, de la liberté, de l’égalité et de la fraternité, bref, des principes qui fondent notre République.   
La députée, puisque, oui, elle fait partie de l’instance qui représente le peuple que nous sommes, la députée Emmanuelle Ménard, soutenue par le RN, épouse du célèbre Maire de Béziers, a présenté un amendement lors du débat sur le projet de « loi sur les séparatismes ». Il proposait de réécrire l’article 1er de la loi de 1905 que nous connaissons tous. Il est constitué rappelons-le, de deux propositions indépendantes, dont première « assure la liberté de conscience » des individus et la seconde « garantit » celle des cultes, ce qui donne une priorité à la première sur la seconde qui en est une conséquence. Ce qui veut dire que notre régime laïque n’est pas un simple régime de séparation et de liberté religieuse de type anglo-saxon, qui protège les religions avant les citoyens. Ce qui laisse ainsi ces derniers sous la pression toujours possible des communautés religieuses et qui permet à la fois, la division de la société en communautés cultuelles, l’hégémonie d’une religion sur les autres voire sur l’État, et la réintégration des religions ou d’une seule, dans l’espace de la puissance publique c’est-à-dire dans la vie politique.

Quelle réécriture proposait donc cet amendement ?
« L’État français – qui reprend ainsi avec le vocabulaire pétainiste, la place de la République - fort de son héritage chrétien, assure la liberté de culte et la liberté de conscience ». La liberté de culte, on le voit, reprendrait ainsi la priorité sur la liberté de conscience au profit d’un régime de liberté religieuse (ou tolérance).
Mais deux justifications à cet amendement permettent de comprendre qu’il ne s’agit pas seulement d’aller vers un régime de liberté religieuse comme le note le journal L’humanité auquel nous empruntons cette information. 
La première précise que « Ce n’est pas la République, simple régime politique qui garantit la liberté de conscience, mais bien l’État français ». Ce qui en dit long sur l’ignorance, ou plus sûrement le rejet, de ce qu’est la République, son rapport aux citoyens et le sens de la citoyenneté. Ce qui ne peut surprendre de la part de ceux qui, bien avant l’État du régime de Vichy qu’ils ont voulu et soutenu, dès les combats contre la montée des forces du front populaire, rêvaient de mettre à bas celle qu’ils appelaient avec dégout « la répugnante », au profit d’un pouvoir fascisant et raciste, dictatorial ou monarchiste, soufflé par Maurras et ses disciples.
La seconde justification ajoute que « l’église catholique ne peut être traitée tout à fait de la même manière que d’autres cultes arrivés plus récemment - suivez mon regard - ». Il faudrait donc également redonner à l’église catholique sa place hégémonique sur les plans politique et social et reléguer la religion musulmane particulièrement visée par la députée, ainsi que toute autre religion, qui ne seraient alors que « tolérées ».
En un bref amendement, c’en est fait de la laïcité ainsi que de tous les principes humanistes de la République en même temps que de ses institutions. Nous changeons de régime politique : de citoyens, nous devenons sujets et croyants… mais rassurons-nous, nous resterons des consommateurs.