Auvergne laïque, dernière édition / DOSSIER

La nouvelle postérité des monuments aux morts :

un autre regard, un autre message

Dossier réalisé par Alain Bandiéra, avec les contributions d’Olivier Mathieu, de Christian Guy et Annette Guillaumin

La dernière commémoration de 1918 a accordé une grande place aux monuments dont les longues listes des victimes, gravées dans la pierre et le bronze, témoignent toujours d'une inconcevable barbarie, d'une hécatombe insupportable. L'équivoque demeure dans la fonction première de ces « témoignages pétrifiés » : s'ils sont d'abord la marque du deuil terrible qui a frappé le pays et veulent faire œuvre de reconnaissance à l'égard du sacrifice des victimes, ils prennent en même temps le relais des grands discours cocardiers qui ont magnifié l'enrôlement des soldats, jetés – pour la plupart malgré eux – dans un des plus formidables carnages de l'histoire. Ils s'appliquent à faire œuvre de consolation.

Bien des monuments portent dans leur agencement les signes de la vaillance et de l'héroïsme, célébrant le courage des poilus, l'arme brandie, marchant allègrement à l'offensive.
Étroitement inscrit dans le paysage local du plus petit village, élément banalisé d'un site familier, le monument aux morts est peu à peu tombé dans l'indifférence quand le souvenir de la guerre s'estompe, que les derniers combattants et mutilés disparaissent : Il est inévitable – et salutaire - que « le sang sèche vite en entrant dans l'histoire ».

Mais voilà qu'on porte sur les monuments un regard neuf. Voilà que de jeunes écrivains évoquent la guerre qu'ils n'ont pas connue, surmontant leur ignorance de l'histoire par le pouvoir incantatoire de l'écriture. Voilà surtout que les hommes ne s'en laissent plus conter, qu'ils ne sont plus dupes des exhortations militaires, et qu'ils savent désormais – à égrener le nom des morts – que les chants du départ n'ouvrent que les sentiers des massacres.

Voilà que ces monuments délivrent un autre message, explicitement contenu dans bon nombre de réalisations, passé sous silence dans l'euphorie de la paix et la ténacité des mensonges, un message dénonçant la guerre – toutes les guerres – et tout ce qui fait croire à leur nécessité, qui ose dire l'atrocité des souffrances, un message que le bruit des canons et des tambours ne parvient plus à museler.

Voilà qu'un grand film « les sentiers de la gloire » est sorti enfin du silence et que la réhabilitation des Fusillés pour l'exemple, qui échappent désormais à l'opprobre et à la malédiction, manifeste le triomphe de l'humanisme contre les suprématies militaires et les tergiversations politiques. Un monument récemment érigé à Chauny (voir notre précédent dossier) leur rend hommage et Blanche Maupas a, depuis longtemps, recouvré son titre de veuve de guerre.

Ainsi entrons-nous dans l'ère des monuments pacifistes.

Le présent dossier fait suite à celui consacré, dans notre dernier numéro, au travail de commémoration qui s'est effectué autour de ces « mémoires de pierre » ; l'actuel numéro fait la part belle à ce formidable élan pacifiste, condamnation sans appel de toutes les barbaries bellicistes. Les différentes actions menées dans cet esprit de paix sont en train d'opérer une singulière métamorphose des monuments aux morts qui n'évoquent plus qu'un immense désir de paix.

Nous évoquons dans ce dossier une exposition photographique consacrée aux monuments aux morts sous le patronage de l'amicale laïque de Billom. Nous saluons aussi dans ce numéro le travail considérable de l'Association Laïque des Amis de Pierre Brizon des Monuments Pacifistes et Républicains de l’Allier, sous la présidence d’Olivier Mathieu venu enrichir les manifestations de commémoration par une conférence sur les monuments aux morts pacifistes.