Auvergne laïque, dernière édition / CONDORCET

A propos de violences policières

Pierre Miele, décembre 2020

Une mobilisation citoyenne contre la loi de sécurité globale peut être observée… Le refus de la violence des autorités est une tendance sociétale de fond qu’il n’est pas possible d’ignorer : celle de l’Etat, après celle du mari, du père, de l’enseignant, du prêtre… Les graves « bavures policières » de ces derniers temps ont renforcé cette mobilisation et l’hostilité de la population à l’égard de ce qui apparaît comme une nouvelle étape dans une dérive de la fonction policière avec  le recours à la violence.

Sûreté ou sécurité : de la confusion des buts

La Police est nécessaire à la république, comme le stipulent la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen de 1789  (article 12) : « La garantie des droits de l'homme et du citoyen nécessite une force publique ; cette force est donc instituée pour l'avantage de tous, et non pour l'utilité particulière de ceux à qui elle est confiée. » et la Déclaration universelle des droits de l’Homme (ONU, 1948, article 3) « Tout individu a droit à la vie, à la liberté et à la sûreté de sa personne. » La police républicaine a pour mission première d’assurer la sûreté, c’est-à-dire la protection des personnes pour le respect de leurs droits quand ceux-ci  sont menacés ; et non pas la sécurité comme protection a priori des biens des personnes ou des institutions. C’est bien la dérive qu’opèrent les politiques sécuritaires de ces dernières décennies (caméras de surveillance, contrôles d’identité, fichage, …, armes et armures anti-manifestants ).

D’une violence « légale » à la violence « légitime » : la confusion des genres

Le constat est alarmant. Des faits de violence, de racisme et de discrimination sont dénoncés, notamment grâce à des vidéos de témoins, et pour les auteurs de ces actes, l’impunité semble acquise ! Toutes les parties reconnaissent aujourd’hui un manque de formation des agents, un manque de contrôles sur l’usage des armes, un manque de présence hiérarchique près du terrain.  Au-delà des cas individuels de policiers fautifs, la responsabilité de cette situation n’est donc pas à imputer aux policiers en général,  mais à cette conception de la Police qui autorise l’offensive des policiers dans les manifestations et l’intervention répressive directe dans la rue, le quartier : c’est la violence « légale » ou légalisée de fait. La conséquence est la défiance et la peur : les citoyens ont peur de la police, et la police a peur des citoyens. Le danger c’est donc l’affrontement qui risque fort d’engendrer une violence en cascade et qui fait passer de la légitime défense à la légitime violence.

Le cas des « black blocks » illustre l’inefficacité de cette conception de la police : outre que le dispositif policier déployé lors des manifestations à risque n’empêche pas les troubles et dégradations, il constitue par anticipation une véritable mise en scène du spectacle qui va se dérouler face aux medias qui n’attendent que cela. Or ce spectacle  est précisément le but recherché par les fauteurs de troubles ;  à tel point que d’aucuns émettent le soupçon d’une possible connivence de l’Etat avec certains de ces groupes d’agitateurs à fin de décrédibiliser les manifestants et les causes qu’ils défendent.

Des « forces de l’ordre » aux « gardiens de la paix »

Si un vaccin vaut mieux qu’un médicament, alors il serait préférable de traiter les causes, celles des manifestations (de gilets jaunes par exemple), et celles des délinquances endémiques, plutôt que de légiférer encore pour mieux pouvoir interdire et réprimer alors que tant de lois existent déjà pour cela. Avec H.Leclerc(*), préconisons de rétablir la confiance des citoyens en la police. Il faut pour cela redonner à la police, certes les moyens (formation, encadrement, fin de l’impunité), mais aussi la mission d’assurer la sureté par et pour la paix, plutôt que la sécurité par la force !

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(*) H.Leclerc, président honoraire de la Ligue des droits de l’homme
invité du 7/9 de France Inter, le 30 novembre 2020, avec Sébastian Roché, Directeur de recherche au CNRS, spécialiste de la police.